- Speaker #0
À la fin de tes concours, tu es en Grèce, avec des copains, tu pars directement à Salon de Provence, en short et claquette, et on t'attend à l'école de l'air, t'as plus de deux jours pour y aller, sinon ils filent la place et quelqu'un d'autre y va. Bienvenue dans Mode Avion, je suis Vincent Ducamin, je suis très heureux qu'on m'ait demandé d'animer ce podcast en Mode Avion. Ici, on coupe le bruit, on prend de la hauteur, on passe derrière les avions, on décrypte l'aéronautique avec celles et ceux qui façonnent. l'aéro. On s'intéresse aux trajectoires, aux décisions et aux moments où tout peut basculer. Aujourd'hui, nous recevons un homme libre, parfois rebelle, souvent exigeant, qui a passé sa vie dans un environnement très discipliné, sans jamais perdre son indépendance d'esprit. Avec moi, Eric Delesalle, chef des essais en vol chez AURA AERO. Bonjour Eric.
- Speaker #1
Bonjour Vincent, merci de me recevoir. Juste une petite précision, je suis chef pilote. Le chef des essais étant Jérémy Caussade.
- Speaker #0
Le président d'AURA AERO. Je te propose que nous activions le mode avion. Eric, ce qui est fascinant chez toi, c'est le contraste. D'un côté, il y a un des métiers les plus exigeants au monde, pilote de chasse, puis pilote d'essai. Un univers de précision, de discipline, de procédure, où l'erreur peut parfois coûter très cher. Et de l'autre, il y a un tempérament libre, parfois rebelle, qui supporte... portent mal les règles absurdes et les postures inutiles. Pendant 30 minutes, on va suivre cette ligne de crête, celle d'un homme qui a appris à respecter le cadre sans jamais s'y enfermer. Avant de parler de chasse, d'essai en vol, de super-héros ou d'ATR, j'aimerais repartir au tout début. Ce qui est frappant dans ton histoire, c'est que rien ne semble écrit. Tu ne viens pas d'une famille militaire ni d'une culture aéronautique. Il n'y avait pas a priori de trajectoire toute tracée vers l'armée de l'air. Et pourtant, très tôt, il y a chez toi une attirance pour le mouvement, l'action, les sports mécaniques. Quand tu repenses à l'enfant ou l'adolescent que tu étais, avant les avions, c'était quoi ton monde ?
- Speaker #1
C'est un exercice un peu difficile de revenir sur sa lointaine jeunesse, parce que ça date un peu. Et en fait, tu as raison, ce n'était pas du tout mon environnement. Celui que j'ai choisi n'était pas du tout un environnement familial. Famille traditionnelle, petit dernier. J'ai vécu pas mal d'années en fils unique avec des parents. Je n'ai jamais manqué de rien, mais ce n'était pas très actif, pas très dynamique. Dans la culture de notre famille, on n'écoutait pas trop de musique, on ne faisait pas de sport. Et moi, j'avais envie de tout ça. Et donc, à 18 ans, une fois que j'ai eu mon bac, j'habitais Lille dans un appartement où j'étouffais un petit peu quand même. Et j'avais juste envie de partir, de découvrir la vie et de trouver des copains et pas m'enfermer en quoi que ce soit.
- Speaker #0
Et donc, les sports mécaniques, la vitesse, la technique, le risque, tout ça,
- Speaker #1
c'est quelque chose qui a... J'ai découvert le sport par la natation et le karaté. Deux disciplines un peu exigeantes. Déjà, tu connais ça, tu prends des coups sans jamais vouloir faire mal. Donc ça, c'était déjà un début de... de philosophie générale. Et puis, oui, je suis très attiré par les sports mécaniques. Mes murs étaient tapissés de posters de moto ou de bagnole. Et bon, ça rendait fou, ma mère. Mais tant que c'était que du papier, ça allait.
- Speaker #0
Tu étais plutôt sage ou plutôt turbulent ? Non, non,
- Speaker #1
non, j'étais très sage. Je n'avais juste des tas d'envie de bouger, mais... Donc de l'impatience. Très sage, oui.
- Speaker #0
Et de la curiosité.
- Speaker #1
Ah oui, toujours très curieux et rêveur.
- Speaker #0
C'est déjà une source d'inspiration. Il y a ce moment que tu nous as confié, où tu es scout. Un moment assez inattendu, autour d'un feu de camp, un soir, tu as deux copains plus âgés que toi, qui te parlent de l'école de l'air. Alors, pour beaucoup de gens, ce serait une conversation parmi d'autres. Pour toi, visiblement, ça ouvre une porte.
- Speaker #1
Oui, complètement. On s'entendait bien, tout ça. Et un jour, ils me disent, mais là, à la rentrée, on part à l'école des pupilles de l'air. C'était une prépa. prépa au concours d'école de l'air. Je suis un bon, c'est quoi ça ? Et donc, voilà, un diplôme d'ingénieur, après ça, on est pilote de chasse et tout. Là, c'est le déclic, quoi. Je continuais mon parcours scientifique, déjà ce qui plaisait bien à mes parents, et puis, bon, moi aussi quelque part, mais en plus, il y avait cette autre dimension du sport mécanique, mais si je peux pas faire de moto parce que maman veut pas, mais je peux peut-être aller encore plus haut et piloter des avions et ce sera mon boulot et ce serait génial, quoi.
- Speaker #0
Mon compromis, finalement, c'est de dire qu'il y aura de l'action et je ne finirai pas ma carrière derrière un bureau.
- Speaker #1
Et ça, c'est un équilibre que j'ai toujours cherché. C'est entre l'intellect et le physique. Je pense qu'il faut un bon équilibre. Un individu, c'est comme un tabouret à tripotes. Je fais un peu de facteur humain, donc il y en aura peut-être dans la conversation. Tu as le physique, tu as l'intellect et l'affectif. Les trois pieds, c'est un équilibre un peu instable, mais si les trois fonctionnent bien, ça tient bien. S'il suffit qu'il y en ait un qui soit un petit peu bancal pour que ce soit beaucoup moins facile de tenir. Et dans ma vie professionnelle, je voulais bouger. Je ne m'imaginais pas du tout rester enfermé derrière un bureau et avoir une vie traditionnelle. Je ne me projetais pas du tout. C'est la grosse interrogation quand tu arrives avec ton bac. Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?
- Speaker #0
Je ne sais pas.
- Speaker #1
Et là, c'était le déclic. Je suis allé embrasser une carrière. avec du physique, avec...
- Speaker #0
Donc l'avion de chasse devient tout de suite un rêve, une façon de pouvoir justement trouver une voie pour ne pas t'ennuyer.
- Speaker #1
Oui, oui. Et avoir cette part d'aventure, en fait. Ça me permettait de partir après mon bac et de vivre dans un environnement complètement différent. Et ça m'allait très bien, ça.
- Speaker #0
Tu dis que tu t'ennuyais à Lille avant de partir. Tu as grandi dans une famille un peu traditionnelle. Je ne sais pas si on peut parler de bourgeoisie ch'ti, mais on est dans quelque chose qui... Oui,
- Speaker #1
ça résume bien, oui.
- Speaker #0
Et avec ce goût pour l'aventure, la pétance, et voilà, cette porte vers l'aventure, ça va être les avions.
- Speaker #1
Casser un petit peu tout, le petit train-train.
- Speaker #0
Et donc finalement, cette petite graine qui a été semée cette soirée autour d'un feu de camp va t'amener vers une prépa scientifique à l'école de l'air.
- Speaker #1
Oui, puisque l'école des pupilles d'air, c'est comme l'on l'indique, l'école des pupilles à Grenoble. Et ils avaient profité de cette structure d'école pour faire des classes prépa ouvertes à tout le monde orientées à préparation au concours d'école de l'air. Donc c'était tout à fait adapté à ce que je voulais faire. Juste un petit truc là. qu'on va peut-être retrouver dans plusieurs endroits, c'est l'importance des rencontres que tu peux faire, où ce ne sont pas des choses que tu vas chercher, que tu vas provoquer, il y a des choses qui arrivent, il y a des trains qui passent, il y a des chemins qui se croisent. Et il faut savoir avoir la sensibilité d'écouter, de regarder tout ce qui se présente et prendre et puis en faire ce que tu peux en faire après. Mais on vit dans un monde un peu aseptisé aujourd'hui, où avec beaucoup... beaucoup de superficialité avec les moyens de communication actuels. Mais moi, je crois beaucoup aux rencontres et au ce qui se passe avec les gens et qui vont te donner des idées, qui vont t'accompagner. Et puis, c'est à notre tour après, quand on grandit, quand on dessine un chemin, d'essayer d'entraîner des gens dans son sillage.
- Speaker #0
Donc, en partant pour Grenoble, on comprend que tu ne cherchais pas seulement une école, mais tu cherchais aussi... Un environnement où le corps, l'action, l'intelligence pouvaient fonctionner ensemble.
- Speaker #1
Voilà, c'était une façon de vivre complètement différente. C'était vers l'inconnu. Et je ne te cache pas que ça a été un petit peu difficile au début.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Parce que quand tu sors du coton d'une maman chérie qui a du mal à laisser partir son petit dernier et que tu tombes dans un internat militaire, un petit choc culturel. On parlait de contraste,
- Speaker #0
un petit choc là. Effectivement. À Grenoble, est-ce que tu as le sentiment de trouver enfin un environnement qui te ressemble ?
- Speaker #1
Oui, complètement. Je me suis régalé. J'ai éclaté.
- Speaker #0
Parce qu'il y avait le parachutisme, il y avait de l'action, il y avait du sport.
- Speaker #1
On était en uniforme déjà, on pouvait s'engager en fonction des résultats. On nous ouvrait la possibilité de faire beaucoup de sport, et en particulier des sports aériens. C'est là que j'ai découvert le parachutisme, là chez Clément. On était à Grenoble, on allait faire du ski le dimanche.
- Speaker #0
Grenoble, pour ça, c'est quand même fabuleux.
- Speaker #1
Quand je n'étais pas aux arrêts.
- Speaker #0
On va y revenir un peu plus tard.
- Speaker #1
Tu as une discipline quand même, avant les cours. à 6h le matin pour aller récurer les toilettes et vérifier la tenue. C'était militaire.
- Speaker #0
C'est revenu entretenir aussi ce petit goût rebelle par rapport à certains aspects très codifiés de l'armée sur lesquels tu as aussi trouvé ton champ d'expression.
- Speaker #1
Ça, c'était plus tard. Oui, en fonction des conditions que tu rencontres, comme tu l'as bien résumé. Je suis plutôt d'un caractère discipliné et quand on me dit de faire quelque chose, j'essaye de le faire comme c'est prévu. Mais j'ai du mal à faire des trucs qui ne se justifient pas et qui ne sont pas forcément adaptés. Compris. Et ça, ça m'a su pendant longtemps. Ça m'a joué quelques tours aussi.
- Speaker #0
Et ça t'a ouvert aussi quelques portes. On va y revenir un peu plus tard dans le podcast. Il y a une scène pendant toute cette phase académique qui est presque une scène de cinéma que tu nous as confiée. À la fin de tes concours, tu es en Grèce avec des copains, sans téléphone. Non,
- Speaker #1
ça n'existait pas.
- Speaker #0
On n'était pas dans cette... Mode de connexion totale. Tu apprends en arrivant à l'aéroport que tu es pris à l'école de l'air. Et en fait, tu pars directement à Salon de Provence, presque comme tu es, en short et claquette.
- Speaker #1
Je travaillais pas trop mal. Des fois, c'était un peu difficile. Et j'étais sur la liste d'attente au concours d'école de l'air. Je ne sais plus ma place, mais je n'y croyais plus trop. Mais bon, j'avais quand même sécurisé ma place en 5,5. J'avais un bon copain qui aimait les bagnoles aussi. on s'était fait un petit planning de... de rallye auto. Je me souviens encore, c'était les cadets de GTE. À cette époque-là, tu pouvais jouer soi, pas trop cher pour le week-end. C'était prêt, quoi. Et donc,
- Speaker #0
changement de programme.
- Speaker #1
Et là, je prends mon sac à dos, je retrouve des copains de Lille et puis on va marcher dans les îles grecques. Et là, à cette époque-là, tu n'avais pas de téléphone portable. Si tu voulais donner des nouvelles, il fallait trouver une cabine téléphonique. Pendant 15 jours ou 3 semaines, pas de nouvelles aux parents.
- Speaker #0
La liberté absolue aussi.
- Speaker #1
Quand je remets le pied sur le sol italien en disant « Coucou, j'arrive là. » Je me fais anguillerlandais, comme rarement. « Mais qu'est-ce que tu fous ? T'étais où ? » « J'étais en Grèce. » « On t'attend à l'école L'Air, il n'y a plus que deux jours pour y aller, sinon il file la place à quelqu'un d'autre. »
- Speaker #0
Ah, deux jours !
- Speaker #1
Je fais remonter toute l'Italie jusqu'à Lille, redescendre. « Bon, écoute, je m'arrête à Salon. » Et donc, j'ai débarqué avec mon sac à dos, mes affaires sales et tout.
- Speaker #0
C'est une image qui en dit beaucoup aussi sur certains traits de caractère. L'improvisation, l'audace et puis l'entrée brutale dans un mode ultra codifié.
- Speaker #1
Alors, j'étais déjà bien préparé par cette prépa militaire. Et donc, je connaissais quelques codes qui m'ont bien aidé, si tu veux. Des exemples, tu sais, tu es pris en charge par la promotion d'avant. Tu ne vois pas un gradé, c'est la promo d'avant qui t'accueille, le bisutage et tout. Tu fais tes cours la journée et puis le soir, tu crois être... tranquille, mais voilà, tu viens de te réveiller à 10h du matin, tu remets le treillis, tu pars pour un bord en apier, tout ça. Le sac à dos, tu mets des bouquins, des vêtements qui soient bien lourds.
- Speaker #0
Pour que ça pèse.
- Speaker #1
Donc, moi, la deuxième fois, j'ai pris le sac à dos, j'ai tout vidé, j'ai mis mon oreiller. Beaucoup mieux, tu vois. C'est bien.
- Speaker #0
Bonne adaptation.
- Speaker #1
Mais après, au bout de 10 kilomètres, j'ai aidé les autres qui avaient leurs bouquins. Je dis, mais t'es le roi des comptoirs. Puis tu leur expliques. Mais c'était bien pensé. Mais voilà, tu vois, c'est le genre.
- Speaker #0
C'est intéressant parce que dès le départ, tu rentres finalement dans un système très structuré, avec une personnalité qui semble déjà assez libre. Et c'est peut-être là que commence le fil rouge de ton parcours. Accepter l'exigence, mais ne pas accepter les règles simplement parce qu'elles existent.
- Speaker #1
Exactement. Je n'aime pas faire les choses par habitude, parce qu'on ne sait pas faire autrement. Et parce que... Ça fait des mouvements de foule. Ça me fait peur des fois, cette dynamique de groupe, où tu as un mouvement qui se dessine... dans une direction, puis t'as tout le monde qui suit, vous allez où ? Je sais pas, on suit.
- Speaker #0
Un peu, c'est un bouton de panneur. Moi,
- Speaker #1
systématiquement, si tu veux, je vais aller voir à côté et puis je regarde. Toujours, je fais comme ça. Ça m'a joué des tours, évidemment. Les autres, ils ont quand même souvent raison. Mais des fois, ça ouvre des chemins différents, à nouveau.
- Speaker #0
Et en l'occurrence, ton chemin, celui de Salon, est situé à l'école de l'air et c'est là que tu commences vraiment à voler.
- Speaker #1
Alors, ça... Donc, commençons par deux années d'études théoriques pour avoir le diplôme d'ingénieur reconnu par l'académie. Et après, on commence à voler.
- Speaker #0
Et avant ça, il y avait l'idée, l'envie peut-être, le fantasme de l'avion de chasse. Là, tout devient concret. La machine, le corps, les sensations, la précision. Et puis, la sélection.
- Speaker #1
L'avion de chasse, oui, ça avait toujours été l'objectif pendant toutes ces années-là. Avec un parcours où je me faisais plaisir.
- Speaker #0
Tu suis un cursus très structuré et brillant d'ailleurs. Matière scientifique, diplôme d'ingénieur, parachutisme, puis instruction en vol. Mais ce qui marque aussi ton parcours, ce sont les rencontres, tu l'as dit un peu plus tôt, les instructeurs et aussi parfois la dureté du système, puisque tu peux nous partager les souvenirs de ton premier vol.
- Speaker #1
Il y a des rencontres dont je me serais bien passé quand même. Je suis plutôt positif. Je suis tombé sur un mec, déjà il n'avait pas beau. de galons pour son ancienneté, donc c'était bizarre son parcours. Et c'était un gars du Jura, pas complètement fini.
- Speaker #0
Avec du relief, c'est le cas de le dire.
- Speaker #1
Ouais, un mec super exigeant. Première fois que tu étais dans l'avion, il te disait de faire un truc, tu étais censé savoir le faire. Je pouvais pas lui dire, mais c'est quand même à vous de m'apprendre. Mais je me faisais engueuler parce que je me faisais mal. Et au début, les premières missions, tu avais toujours le même instructeur. Donc moi, je découvrais ce monde. J'ai découvert le pilotage sur Fouga Magisterre quand même. C'est pas banal. Non, c'est pas banal. Il y a une petite marche. on te met un parachute sur les fesses, un casque, le masque à oxygène qui sort le caoutchouc. J'ai un moitié malade avant de décoller. Puis après, il y a le vol et tout. Ça a été une dizaine d'heures de vol très difficile. Je sais pas, c'est le cap. Tout ce qui ne te tue pas t'enrichit. Et là, c'était quand même un souvenir un peu arde. Et après, j'ai découvert des instructeurs normaux, un petit peu pédagogiques. C'était quand même... C'était dans les années 80. La pédagogie, l'instruction dans les militaires, c'est encore un truc qu'on ne connaissait pas trop. C'est un peu marche ou crève.
- Speaker #0
Justement, pour quelqu'un qui ne connaît pas trop, c'est quoi en fait le quotidien d'un élève de l'école de l'air ?
- Speaker #1
Si tu avais des cours théoriques, et puis en général, c'était le matin, et l'après-midi, sport et vol, où ça mixait en fonction de la météo.
- Speaker #0
Et vous attaquiez en fait, finalement, très tôt sur des avions déjà très exigeants.
- Speaker #1
Ah oui, oui, moi le Fouga, j'en garde un super souvenir, c'est un super avion, mais je suis en... C'était une montagne pour moi à gravir à cette époque-là. Et c'est curieux parce que, tu en parles là, on m'a demandé de revoler sur un fouga qui venait des États-Unis. Il fallait faire un vol de contrôle, tout ça.
- Speaker #0
Qui était d'ailleurs l'avion de la patrouille de France avant d'être remplacé par les Alpha Jet. Donc, c'était quand même...
- Speaker #1
Ah non, c'est un très, très bel avion. Et ce fouga m'était resté dans la tête comme un avion où j'avais du mal à l'apprendre. Donc, j'ai cherché de la documentation. J'en ai retrouvé. Et je me suis dit, avant de voler sur cet avion, il faut que je me prépare quand même. Et je me suis mis dans la doc. Et pour moi, j'ai prévu plusieurs jours. Et au bout de deux heures, j'ai fini. J'ai dit, bon, ben, pas bon. Écoute, je suis prêt. C'est la petite mesure. C'est la petite mesure, le chemin parcouru. Tu apprends.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Tu apprends, tu travailles, tu t'entraînes. Tu acquiers des compétences, des façons de travailler. C'était un constat assez génial.
- Speaker #0
C'est intéressant ce que tu dis, parce que dans l'imaginaire collectif, on voit souvent le pilote de chasse comme quelqu'un de très sûr. qui a confiance en lui. Mais avant ça, il y a quand même pas mal d'étapes. L'apprentissage, la pression. Tu parlais de ton instructeur qui t'a mis un niveau de pression très élevé. Et puis parfois, donc, la brutalité. Tout ça, c'est des choses auxquelles tout homme ou femme qui se destine à ces métiers va être à un moment confronté.
- Speaker #1
Il faut, tu parles de confiance, je pense, pour faire ce métier, il faut quand même avoir une certaine confiance en soi et bien se connaître. Connaître ses faiblesses, connaître ses forces, travailler les faiblesses et puis s'appuyer sur un... sur ces forces. Tu as cette image du pilote de chasse au bar, quoi. Une de soleil, le foulard, tout va bien. Des fois, on ne fait pas le malin, quand même. Ils sont tout petits.
- Speaker #0
Je m'en doute. On est humbles vis-à-vis de la machine et de la mission. Oui,
- Speaker #1
complètement.
- Speaker #0
Et justement, qu'est-ce que ça produit sur un jeune pilote d'être formé dans cette dureté-là ? Tu parles des années 80, 90. Je ne sais pas si ça a évolué dans le temps. Ça s'est modernisé, forcément.
- Speaker #1
Ça dépend des individus. Ça commence... Ça dépend peut-être C'est un peu la période d'avis, de ce que tu vis, tout ça. Moi, ça m'a super motivé, quoi.
- Speaker #0
Ça forge.
- Speaker #1
Ouais, exactement. Il n'était pas question que ça ne marche pas. La défaite n'était pas une option. Ouais, voilà, c'est ça. Fallait avancer, quoi.
- Speaker #0
Fallait aller de l'avant.
- Speaker #1
Tant que tu te tiens debout, tu avances. C'est le son que j'ai retenu. Et à l'époque, donc à la fin du cursus, il y avait aussi un moment très particulier, l'amphi.
- Speaker #0
L'amphi de classement où chacun doit choisir sa voie. Alors, quand on est apte à la chasse, ce qui était ton cas, partir ailleurs, c'était presque mal vu. Toi, tu as été sélectionné pour la chasse et tu passes par Tours, école de chasse, puis Cazaux. Donc ça, c'est un moment fort quand tu vis l'amphi, c'est quelque chose qui cadre avec ce que tu voulais faire. Cazaux, c'est aussi, pour le préciser, pour les gens qui regardent ce podcast, c'est l'endroit où on forme les pilotes au tir aérien.
- Speaker #1
c'est ça la petite étape entre l'école de chasse où tu reçois ton macaron tu sais un peu tout faire la patrouille de l'analysation du vol du vol aux instruments et là t'es dans ton élément il manque une composante c'est le tir et puis un petit peu de mûrissement en patrouille et ça c'est à Cazot et c'est à Cazot que ça se perfectionne tu passes les étapes tu
- Speaker #0
apprends à tirer à voler en patrouille tu évolues dans un univers très élitiste on peut le dire quand même tu sors major de cette promo je suis sorti major de Cazot là ouais c'est quand même Merci. belle reconnaissance. Une fierté aussi.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Ça n'a jamais été une compétition pour moi de finir devant les autres.
- Speaker #0
Tu es exigeant vis-à-vis de toi-même.
- Speaker #1
C'est ça. La personne contre laquelle il faut se battre, c'est soi-même. Ses faiblesses, ses fatigues, ses moments de découragement. Et après, quand tu t'aperçois que tu as des bons résultats et le niveau moyen est représenté par les autres et que tu es en tête, ça fait plaisir.
- Speaker #0
Et quand tu arrives dans la chasse, Eric, est-ce que tu as le sentiment d'avoir vraiment trouvé ta place ?
- Speaker #1
Jusque-là, oui. Après, je ne sais pas si tu vois, peut-être hier, il y a un petit moment de doute.
- Speaker #0
On y viendra sur les évolutions qui ont suivi.
- Speaker #1
Mais oui, jusque-là, j'étais heureux comme tout.
- Speaker #0
Sortir major de promo, donc effectivement, c'est une forme de fierté. Une partie de revanche aussi peut-être un peu sur certains aspects dans le cadre du cursus ou de la profession en ne venant pas du milieu aéronautique ? Non, non, pas du tout.
- Speaker #1
Je découvrais quelque chose qui me passionnait.
- Speaker #0
Donc c'est une confirmation que tu étais fait pour ça ?
- Speaker #1
Voilà, j'ai trouvé mon élément.
- Speaker #0
Et alors, qu'est-ce qui te plaisait le plus ? C'était la vitesse, la mission, l'exigence, la précision ? Quelle est la composante qui se dégage ?
- Speaker #1
Il y a un peu de tout. Je parle de vitesse, mais là, c'est la vitesse dans les trois dimensions. Mais c'est grisant. Je pense que tu aimes bien conduire un peu vite, faire de la moto. Tu as cet aspect grisant de maîtriser la machine et toujours un peu plus vite, passer les virages toujours un peu plus vite. Et puis, tu as les sensations qui sont... qui sont là et en avion c'est encore multiplié, c'est en trois dimensions, les machines changent, évoluent. Et à Cazaux, j'avais fait de l'Alpha Jet à Tours, qui est un avion moderne, avec des belles performances. Et à Cazaux, il y avait encore le Mystère 4, qui était un vieil avion hérité du plan Marshall. Et ça marchait pas toujours très bien. Et monoplace. Donc là, t'étais pas... T'avais pas des rôles de bi-place où une fois que le moniteur a bien vérifié que tu savais tout faire, un jour tu pars tout seul. Bon, c'est déjà un petit événement.
- Speaker #0
Bien sûr, voilà.
- Speaker #1
Mais t'es pas, le jour où t'es tout seul, t'es pas complètement dépaysé. Alors que là, t'as le bouquin sur la table.
- Speaker #0
Tu l'as introduit un peu plus tôt, mais il y a effectivement ensuite cette évolution. Passé Cazaux, il y a une nuance importante. Donc tu choisis... la défense aérienne. Parce que, bon, tu as du mal à avoir la finalité de tuer des gens. La défense aérienne, c'est davantage la police du ciel, la protection, l'interception. Ça, c'est des missions qui résonnent en toi et qui se présentent à toi comme étant une voie d'évolution plus alignée, finalement, avec peut-être tes valeurs, tes principes.
- Speaker #1
Tout le monde ne se pose pas ce type de questions. Je peux m'en apercevoir, mais à partir du moment où on a commencé à tirer... Moi ça me plaisait bien parce que c'est délicat le tir, t'es près du sol, il faut... Mais après quand tu réfléchis à la finalité du truc, tu te dis merde. Parce que pour l'instant je m'étais bien amusé quoi. Du Fuga, l'Alpha Jet, du Mister Cat, du tir, enfin bon. Les copains, enfin bref c'est... Il y a un tir l'état logo, ça change. Maintenant peut-être qu'un jour on va me demander de tuer des gens quoi. Et ça, ça m'a un petit peu... Pas posé des problèmes mais bon je sais pas. poser la question, parce que quand on me le demandera, il ne faudra pas que je dise non, ce ne serait pas correct, et je ne vois bien. Et donc, voilà, la réflexion, elle vient, et bon, déjà, il faut croire un peu dans le système dans lequel tu vis, si un jour, on est amené à devoir utiliser les armes, c'est pour une bonne cause, mais quand même, au bout du physique, c'est moi, quoi.
- Speaker #0
Merci pour ce témoignage, Eric, c'est très fort. On a rarement entendu des gens qui ont rejoint l'armée. s'exprimer sur ce sujet. Et au contraire, je trouve que c'est inspirant. Et dans l'approche, tu démontres aussi qu'être pilote de chasse, ça n'exonère pas d'avoir un questionnement moral, en fait, sur ce que l'on fait.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Et comment on devient pilote de chasse tout en se posant ce genre de questions ? C'est-à-dire, là, tu l'as abordé.
- Speaker #1
Il faut se replacer à l'époque où la France n'était quasiment pas engagée pendant les conflits extérieurs. Et on avait une armée de protection. On avait des forces de projection prêtes à intervenir. Mais à part quelques missions en Afrique, on n'avait pas vraiment de missions à l'extérieur. Et le fait de pouvoir choisir la défense aérienne, ça m'a bien soulagé. Parce que je me disais que si un jour je dois tirer un missile, déjà ce sera pas forcément sur des combattants, pas sur des villes ou je ne sais pas quoi. Et puis ce sera pour défendre mon pays, ma famille, les gens qui viennent l'agresser. Donc quelque part, ce sera ma place et je le ferai.
- Speaker #0
Et est-ce que ce genre de sujet, on l'aborde entre pilotes ? Ou est-ce que chacun garde un peu ses réflexions pour soi, dans son intimité ?
- Speaker #1
Pas trop.
- Speaker #0
Ça ne s'aborde pas trop ?
- Speaker #1
Non, non, non. Après, ça doit peut-être dépendre des gens, des occasions et tout ça. Mais ce ne sont pas des sujets. On ne se pose pas de questions et il ne faut pas s'en poser de toute façon. C'est avant qu'il faut se les poser.
- Speaker #0
Bien sûr. Après une fois qu'on est engagé. Merci une fois de plus pour ce partage, parce qu'on n'a pas du tout cette image-là de l'armée. Toi, tu as contribué à démontrer qu'elle permet en fait à chacun de s'accomplir en restant en ligne avec ses valeurs. Pour développer le propos avec une allégorie sportive qui me tient à cœur, dans une équipe de foot, on te voyait comme étant un attaquant de pointe. Finalement, tu t'es imposé comme un capitaine de la défense.
- Speaker #1
Oui, j'aime bien ton image. Partout où je suis passé, du fait que je n'ai pas peur de m'affirmer, Toujours été propulsé, été un peu vers le devant par les gens qui aimeraient bien dire, mais qui n'osent pas dire. Et ben tiens, vas-y toi. Et on va retrouver ça dans pas mal d'étapes de ma vie.
- Speaker #0
D'ailleurs, on avance, on continue. Tu es arrivé à Reims, où là, Mirage F1, tu découvres aussi autre chose, pas simplement l'exigence du vol, mais aussi les codes implicites, les habitudes, les petites règles sociales du groupe. Et c'est là qu'on voit apparaître un peu plus nettement le rebelle.
- Speaker #1
Là, c'était quand même un peu une descente aux enfers, puis une déception terrible. Vous imaginez l'escadron de chasse comme un truc super, avec des gens super. Je suis tombé dans une unité, c'était assez général. En fait, il y avait cette idée de pilote de chasse que c'est un petit peu artificiel et que tu dois être soumis à tout et prêt à tout. Et puis, encore une fois, c'est une armée de temps de paix. Et les valeurs n'étaient pas forcément celles que je recherchais. Oui,
- Speaker #0
parce qu'il y avait du bizutage, il y avait des règles implicites où il fallait rester tard le soir pour montrer qu'il y avait une forme d'adhérence à la vie du groupe. Les chefs, si tu veux,
- Speaker #1
comme il n'y avait pas de guerre pour se valoriser, ils faisaient trop autre chose.
- Speaker #0
C'est bien que tu précises ce contexte.
- Speaker #1
Donc, j'ai un camp escadron qui tenait à ce que le soir, les gens restent, forcément puisqu'ils ont envie de rester, ils s'en foutaient. mais pour montrer aux autres qu'il y avait de la lumière à Tarlesin, à l'escadron. Il y avait deux escadrons sur la même base, il y avait une espèce de rivalité, donc il fallait montrer. Et moi, j'étais jeune marié, puis on avait des ennuis avec les enfants, bref. Et donc, des fois, je suis content de boire un coup, et c'est super sympa, mais je ne vais pas rester tous les soirs esprit pour faire plaisir. Moi, je me casse. Donc,
- Speaker #0
il y avait certains codes que tu refusais ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Et je me suis fait très mal voir. J'étais le vilain petit canard.
- Speaker #0
Alors non pas que tu refusais la discipline du vol ou l'importance de mettre du lien dans un escadron. C'est plutôt ton refus des règles qui n'ont pas de sens finalement.
- Speaker #1
Une fois de plus, si tu veux, j'ai dû professionnellement m'arracher pour garder ma place au début et puis essayer de...
- Speaker #0
Et rester soi-même aussi.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Même dans un environnement très codifié. J'envisageais pas ça autrement.
- Speaker #0
Donc t'étais plutôt rebelle contre l'absurde que contre la discipline. C'était plutôt...
- Speaker #1
Ouais, ouais. Non, mais c'était des excès, quoi. Tu sais, pour avoir... Puis le petit dernier, c'est de bon temps de le rendre vivre à chaque occasion possible. Le summum étant quand on te remet, enfin, l'insigne de l'escadron qu'il faut mériter. Ou tu dois boire un breuvage que je te laisse imaginer, avec l'insigne qui est au fond. Tu dois boire QC, qui est sortir avec l'insigne dans la bouche, et que c'est entre les dents, quoi. Mais sauf que si tu veux cette espèce de dynamique de groupe que je crois. Ouais. que j'ai eu du mal déjà. Mais les mecs remplissaient le verre avec de plus en plus n'importe quoi. Le mec avant moi, il avait eu du Skydroll. Tu sais, c'est du liquide hydraulique super agressif. Le mec, il a fini à l'hosto. Donc, il y avait des excès. Il faut arrêter quand même.
- Speaker #0
Il y avait quelques limites.
- Speaker #1
Et finalement,
- Speaker #0
est-ce que le fait que tu aies été un excellent pilote, ça t'a un peu...
- Speaker #1
C'était ma survie. Tu t'es sauvé et mis à l'abri de... Et un peu à la fois. Les gens ont appris à me connaître. que con. Mais j'étais... Je t'ai catalogué comme un peu le solitaire parce que je sortais du groupe pour faire autre chose et je trouvais ça normal, quoi. Mais au bout de quelques mois, je faillis partir quand même. Pourtant, c'était vraiment ça que tu voulais vraiment faire depuis des années.
- Speaker #0
Cette ambiance, elle ne te correspondait pas.
- Speaker #1
C'est ça, Nesca dans le chasse. Ah bah, sans moi, les gars. Et puis, de fil en aiguille, ils se sont calmés.
- Speaker #0
Ça a été chaud.
- Speaker #1
Oui, il y en a deux ou trois, mais même jusqu'au vol. Je partais en vol. Au début, tu sais, tu es tout jeune pilote. Tu apprends à faire la mission, tu apprends à suivre les autres déjà. Et quand on ne combat rien, ce n'est pas que facile. Mais tu as plusieurs façons de le faire. Le briefing, c'était simple. On fait telle mission, on se retrouve sur telle fréquence. Et toi, tu me suis. Et si tu ne me suis pas, le match se passait. Et le mec ne faisait aucun cadeau.
- Speaker #0
Donc c'était un moment un peu complexe C'est l'esprit que j'attendais
- Speaker #1
Des fois je faisais pas bien ce qu'il fallait Donc je me faisais engueuler Peut-être juste un titre Mais un peu à la fois si tu veux T'es toujours là ? Bah ouais bien sûr
- Speaker #0
Donc c'est le cas là, il faut avoir le moral Il faut être blindé D'ailleurs je crois comprendre C'est un moment un peu plus intime Qu'il y a eu des difficultés dans ta vie A ce moment là Je suis un gros...
- Speaker #1
Gros problème familial, on va dire. Gros problème familial.
- Speaker #0
Tu es resté pendant deux semaines au sol ?
- Speaker #1
Et à partir de là, les gens m'ont foutu un petit peu la paix. Oui, oui. Là, c'était après une autre... Je pense que ça s'est activé en l'air.
- Speaker #0
En fait, le moment où tu arrêtes de voler pendant deux semaines, et le moment où il faut remonter dans l'avion, dans le cadre de la préparation, tu nous as confié cette image très forte que quand tu reviens dans l'avion, au moment de refermer ta verrière, Tu arrives en fait à cloisonner.
- Speaker #1
J'ai hésité un peu parce que c'est... Je ne vais pas passer dans les détails, mais tu n'as plus envie de rien et puis tu te demandes ce que tu fais sur Terre. Et je me disais, est-ce que je vais remonter dans cet avion quand même ou pas ? Mais bon, j'en avais envie quand même parce que j'allais tourner autour.
- Speaker #0
Donc personne ne sait quoi.
- Speaker #1
Mais je n'étais pas sûr d'avoir la concentration suffisante.
- Speaker #0
Et au moment de refermer cette verrière, l'adrénaline monte ?
- Speaker #1
Oui, il y a un truc qui se passe quand tu fermes la verrière. Ça y est, tu es isolé. Il n'y a plus personne qui ne peut plus rien pour toi. Tu es face à toi, avec la machine. Et puis, tu as des automatismes qui vont t'aider. Et la tête, elle se met dans un mode différent.
- Speaker #0
tu laisses tout un fardeau au sol c'est exactement ça tu fais le job et tu penses à rien d'autre après ça tu récupères le sac à dos quand tu ouvres le verre mais quand t'es dans l'avion c'est le souvenir que j'ai il y
- Speaker #1
a un vieil adage dans le monde des marins qui dit que les marins quand ils partent en mer ils laissent les soucis des terriens à terre c'est pareil pour les chevaliers du ciel Merci.
- Speaker #0
Tu fais allusion à rêves de gosses, là.
- Speaker #1
Il faut qu'on en parle, là. Parce que dans ta carrière, on le verra un peu plus tard, mais tu t'es engagé dans pas mal de sujets aussi pour renvoyer l'ascenseur de tout ce que t'as apporté de ta carrière dans ton engagement pour les associations, pour faire voler les gars.
- Speaker #0
Ça reste dans la philosophie, tu sais, de prendre du recul par rapport à ce que tu fais, pourquoi tu le fais, comment tu le fais. D'ouvrir un peu les œillères. Ah bah tiens, il n'y a pas que moi dans la vie, dis donc. Il y en a d'autres et ils ont peut-être besoin de moi aussi.
- Speaker #1
C'est positif, c'est aussi une notion pour envoyer l'ascenseur et faire partager cette expérience du ciel.
- Speaker #0
Je fais ça avec Bertrand Rameau, qui peut en parler aussi. C'est très curieux, ce rêve de gosse dont tu parles. Pendant 10 jours, on fait un tour en France, on fait 9 étapes, une étape par jour, et c'est une caravane de 30 avions, donc c'est pas rien à organiser déjà. C'est une très belle aventure humaine et aéronautique, puisqu'à chaque étape, c'est le dernier jour d'un... C'est un programme pédagogique qui est mené toute l'année entre des enfants qu'on appelle ordinaire, des enfants extraordinaires, pour ne pas dire handicapés, qui travaillent ensemble. Ça, c'est déjà une découverte pour ces deux sociétés. Et on offre des baptêmes de l'air à tous ces enfants. Et donc, tu y vas au début. Alors, ça se fait pour que les gens aient un petit peu de temps. Week-end d'ascension, week-end de la Pentecôte, c'est là qu'ils commencent à faire beau. Tu as les fêtes de famille. Et là, tu mets tout ça de côté. Tu dis, je vais donner de mon temps. petit peu d'argent aussi, de mon énergie. Et puis tu pars là-bas. Mais voilà, avec... Je vais peut-être pouvoir apporter quelque chose. Et quand tu vas...
- Speaker #1
C'est une capsule vraiment...
- Speaker #0
Il se passe des trucs. ...attemporelle dans laquelle il se passe beaucoup de choses. Tu sais, on parlait derrière du Mirage F1, mais tu as des enfants qui sont complètement perdus dans leur monde, isolés. Tu as même du mal à les toucher parce qu'ils se sentent tout de suite agressés, alors que tu essayes juste d'avoir un geste naturel pour les accompagner. Tu essayes de leur parler. peur, ils ont perdu le bruit, c'est quoi l'avion ? Tout ça, mais tu vas voir. Enfin bref, dans l'avion, il y en a qui sont complètement prostrés, parfois énervés, chacun réagit avec ça.
- Speaker #1
À sa façon.
- Speaker #0
Et déjà, quand tu mets en route, là, il se passe quelque chose. Et puis, rien. Ça va toujours, les enfants, on peut y aller. Ouais, allez, on va y aller. Et puis, tu décolles, et tu as des fois des choses qui se passent, mais tu as un déclic. Alors, des fois, il ne se passe rien, quand même, il ne faut pas exagérer, mais... Des fois, tu as des trucs, puis tu te retournes, tu avais une gamine derrière toi qui était complètement prostrée. Tu vois des trucs dans le regard, dans l'expression du visage. Tu vois, tu as quelque chose qui s'ouvre.
- Speaker #1
Qui s'illumine. Il y a une dimension magique.
- Speaker #0
Au début, j'allais avec un avion un peu plus grand, il y avait quatre places derrière. Et ma femme accompagnait les cas un petit peu difficiles. Il y avait une petite fille comme ça qui était dans son monde. Et un peu à la fois, elle l'a grippée alors qu'on ne pouvait pas la toucher. Ah ouais ? Et elle lui a fait un câlin. Ça n'arrivait jamais.
- Speaker #1
Incroyable.
- Speaker #0
Et elle a fait un sourire. On a pris la photo, on l'a amenée aux parents. Ils ont fondu en larmes. Mais on ne l'a jamais vue sourire. C'était des trucs de nains, quoi.
- Speaker #1
Ce n'est pas que rêve de gosse.
- Speaker #0
Et c'est ça.
- Speaker #1
Ah ben, ça remplit.
- Speaker #0
Ah oui. Rien d'en parler.
- Speaker #1
Mais évidemment. Parce que tu crées aussi ce moment.
- Speaker #0
Mais ouais, ouais. Mais ça aussi, c'est une belle leçon. Bravo à l'association Rennes de Gauche, d'ailleurs.
- Speaker #1
C'est magnifique.
- Speaker #0
C'est une belle leçon aussi, parce que tu vas pour donner et tu reçois 100 fois ce que tu voulais apporter.
- Speaker #1
Je vais revenir un petit instant sur le parcours, mais merci pour ce moment d'émotion, parce que c'est palpable et on le partage. On comprend de toute façon que tes choix, tes chemins sont très cohérents de l'endroit où tu voulais aller, par ce parcours académique, par ce parcours professionnel vers lequel on va évoluer maintenant. que... On va voir que tu as aussi évolué dans le monde plus industriel. D'ailleurs, on a la capacité aussi d'apprécier la sensibilité que tu mets dans ton témoignage parce que c'est important d'apporter cette facette sur le monde de l'aéro. Tu demandes à sortir du parcours classique, ce qui ne se fait pas toujours au sein de l'armée. Tu veux faire une grande école. Alors, ce n'est normalement pas la voie attendue pour un pilote de chasse, surtout un pilote de chasse émérite comme toi, qui aurait eu plutôt dû évoluer vers l'état-major, on te dit, ça ne se fait pas. Et tu es recalé une première fois, comme tu es quelqu'un de plus que nass. Tu redemandes et tu insistes. Et tu es finalement pris à Super Aéro. Puis, tu demandes l'EPNER, qui est l'école des pilotes d'essai, dont tu sois, une fois de plus, premier de la promo. Ce passage est important parce qu'on comprend que tu ne veux pas seulement piloter. On voit que dans cette phase, il y a quelque chose de l'ordre de la compréhension et l'appréhension de l'ensemble de l'univers des avions. Pourquoi c'était si important pour toi, Eric, de reprendre des études à ce moment ? ton parcours, puis d'aller vers les essais en vol.
- Speaker #0
Moi, si je reviens dans mon parcours sur Mirage F1, je suis resté cinq ans en unité opérationnelle, j'étais en escadrille la dernière année, donc tu fais un parcours assez complet, c'est une progression permanente, et il arrive un moment où tu as quand même fait le tour du sujet, et voilà, cet avion, c'est comme une deuxième peau, et tu le sens, il te parle, tu l'écoutes, et tu le comprends. J'avais fait un peu de mécanique du vol, et tout. comme ça à l'école de l'air mais bon quand tu as 20 ans assis sur un banc d'école tu fais le minimum pour l'examen et puis voilà quoi mais il y a des trucs qui t'intéresse mais j'aurais bien aimé écouter un peu plus et j'avais cette envie de réapprofondir mes connaissances théoriques avec l'idée d'aller dans les essais en vol après et je me disais que de conforter mes connaissances scientifique de base, ça m'aiderait. beaucoup avec cette expérience aéronautique que j'avais pour être un pilote d'essai efficace.
- Speaker #1
D'accord. Il y a un épisode qui est cocasse et assez révélateur aussi, une fois de plus, de ton état d'esprit. Tu es basé à Istres, tu as un passager à bord d'une corvette que tu pilotes et tu décides avec cette corvette de faire un tonneau. Tu n'étais pas censé le faire, tu es dénoncé, convoqué et puis tu es viré d'Istres.
- Speaker #0
Oui, ça c'était... Merci. mal vécu cette période, évidemment. Mais bon, ça s'est bien terminé. Et oui,
- Speaker #1
parce que...
- Speaker #0
En fait, pour remettre ça dans son contexte, j'étais chef pilote à Istres. Et puis, je transformais un pilote d'hélicoptère sur la corvette, et qui servait à faire des liaisons. La corvette, c'est une sorte de Falcon 20. Et il connaissait un peu les avions, mais il n'aimait pas trop. Et on faisait, je me souviens très bien, l'exercice de décompression explosive. C'est-à-dire que là, tu as une hublot qui... pète ou comme ça et il faut là il faut descendre très vite une question de survie et lui entame sa descente tout doucement je réduis sans les échevilles à tout ça je suis là on a trois fois le temps de mourir mon gars on va pas faire comme ça on recommence et puis me refait le truc un peu timidement sur un avion à réaction tu as quand même un peu de performance regarde ce qu'on peut faire que cet avion pour qu'ils prennent confiance en quelques virages tu vois puis puis ils regardent ce qu'on peut faire. C'était une manœuvre, mais désespérément... classique.
- Speaker #1
Et qui était en fait un enveloppe de vol aussi.
- Speaker #0
Pour ce que je faisais, l'expérience que j'avais, c'est un tonneau barraqué. J'en avais fait en mystère à main, sans le prévenir des gens derrière qui étaient des des expérimentateurs d'essai qui voulaient me faire faire un truc particulier. J'ai dit, écoute, je crois comprendre ta demande. Je te fais quelque chose, tu me diras si ça te va. Et j'avais fait le tonneau barraqué. Ah ouais, c'est super. C'était pour voir son autodirecteur qui faisait tous les coups. Et après ça, il va avoir les mécanos, il va dire, il faudra regarder l'horizon artificiel parce qu'il s'est passé un truc bizarre pendant le vol. Non, on ne le touchait à rien. Il ne s'était même pas rendu compte. Donc, on s'est bien fait, si tu veux. Il n'y a rien à l'avion. Et ça a été très, très mal instruit. D'accord. Parce que le chef de base avec qui je m'entendais super bien m'appelle un jour, il dit, il y a un truc bizarre sur la corvette, on a tombé l'enregistreur. Et puis là, on voit un par un. L'inclinaison qui monte d'un côté, puis pouf, elle ressort de l'autre. Parce que quand t'arrives à plus 180, ça part à moins 180. Donc la courbe, elle continue. Qui s'y s'est passé ? Bon, je vois pas. Mais vraiment, c'était un non-événement. Bon, il marchait très bien, c'était bien. Et là, j'ai dit, ah ben si, si, si, je sais pourquoi. J'ai fait un tonneau marqué. T'as fait un tonneau marqué ? Ah ouais ? Tu le reconnais ? Je vais pas te raconter des salades, mais j'ai fait, j'ai fait. Ah bon, c'est emmerdant, parce que... Et c'est monté jusqu'au général commandant second du CEV, qui avait... que deux ans avant. Promis au chef là-haut que j'arrêterais les essais et que je reviendrais dans la hiérarchie et en état-major, alors que moi j'avais clairement dit que je voulais poursuivre dans les essais. Et il m'en avait gardé une rancune farouche qui s'est exprimée très violemment. Et donc je me suis fait virer, et à cette époque-là j'étais chef pilote au CEV d'Istre, c'était quand même pas mal. Je faisais du rafala, c'était quand même très bien. Et puis ça se passait bien, globalement, avec tout le monde.
- Speaker #1
En fait, ce qui est frappant, c'est que derrière cet événement, il y a beaucoup de gens qui prennent ta défense.
- Speaker #0
Il s'est passé un truc, moi je ne t'explique pas comment j'étais accueilli, j'étais majeur de l'armée de l'air, plus bas que terre, mais ce n'est pas grave. Mais par contre, les gens à Istres avec qui je travaillais se sont offusqués de ça. Et donc des polytechniciens... avec des responsabilités assez élevées.
- Speaker #1
Et également des industriels. Parce que finalement, cette sanction, elle va aussi ouvrir une autre porte.
- Speaker #0
C'est un truc inimaginable. Les jeunes , ils veulent faire carrière, on fait une pétition, écrite, en disant que c'était complètement con. Et que moi, je faisais un super boulot dont ils étaient contents et ils voulaient que je reste.
- Speaker #1
Ça fait plaisir et ça montre aussi que les gens te respectaient et reconnaissaient aussi ton savoir-faire et sa vraie tête. Après,
- Speaker #0
c'est monté, tu as des commissions. Un TRS en vol, il y a le CEV et tous les industriels. Et là, où était cette fois le grand chef de DGA du CEV, tous les industriels se sont foutus de sa gueule. J'ai dit, si tu commences à virer les pilotes d'essai qui font des tonneaux barriqués, il ne va plus y avoir grand monde quand même. C'est pas sérieux. Et donc, il a commencé à comprendre qu'il s'était fait bourrer le mou par le second. Donc après, ça s'est un peu amélioré. Mais ouais, c'était une période... Mais après, ça a été un tournant, parce que du coup, les industriels...
- Speaker #1
T'as été contacté quand même par l'ancien patron de l'érospanse. Ouais,
- Speaker #0
ouais. J'étais en contact avec le général qui commandait les essais en vol chez Dassault, où le mec m'a dit, au bout d'un moment, très honnêtement, il m'a dit, écoute, moi, je te prendrais bien. Mais tu sais, Dassault, c'est proche de la DGA, je peux pas me permettre de trop fâcher les gens avec qui je travaille, et je suis désolé, mais... J'ai eu un poste en état-major très intéressant par ailleurs. Mais après, dans l'année, il y a Henri Perrier, monsieur Henri Perrier, un grand monsieur de l'aérospatiale, du Concorde, qui m'appelle et qui me dit « J'ai besoin d'un gars, tu es le premier sur la liste, je te laisse réfléchir un peu, mais pas trop longtemps. » Je lui dis non, mais je crois.
- Speaker #1
je crois que c'est oui.
- Speaker #0
Donc, en fait... Donc, il est venu à Paris.
- Speaker #1
Dans les années 90, il n'y avait pas les vidéos YouTube, mais quelque part, ce tonneau en corvette, ça a été un peu le buzz qui t'a permis de t'ouvrir les portes de l'industrie. Et donc, tu vas passer chez ATR ?
- Speaker #0
D'abord, je fais... C'était le temps de la grande aérospatiale avec ses filiales. En particulier, il y avait Sokata et Sogerma. Et les pilotes d'essai avant de faire du gros avion dans la grande maison. Ils allaient manger de la rachat enragé dans les petites filiales où tu apprends un peu le boulot parce que tu n'as pas toujours les moyens de faire. Il faut être créatif. Tu vois pas mal de choses. Et donc, moi, j'étais à la Sogerma, qui était la filiale chargée de modifications et d'entretien, de gros entretien d'avion. Beaucoup d'avions militaires et un peu d'avions civils.
- Speaker #1
Très bien.
- Speaker #0
Donc, j'ai fait huit ans là-bas. Et un jour, en 2003, mon collègue d'AATR dit beaucoup de choses. Je vais prendre ma retraite, là, si tu veux venir. Chez ATR, je t'avais sa place. Et depuis 2003, chez ATR, j'étais accueilli pendant...
- Speaker #1
ATR 42, ATR 72.
- Speaker #0
Claude Lelay, parce que c'était les basses années d'ATR, il ne faisait plus que 10 avions. Le PDG m'avait accueilli en disant moi j'ai pour mandat de fermer la boîte, donc tant que il faut maintenir nos agréments, il nous faut un directeur des éditions vol, c'est toi. Il n'y a pas énormément d'activités. Et Claude Lelay m'avait dit, écoute, viens, tu voles chez Airbus quand tu veux, et puis... Le jour où tu es à la ferme, tu passes chez nous.
- Speaker #1
Donc ça, c'était vers 2003. 2003, exactement. 2003. Tu décris cette période comme une très belle époque, tant technique que humaine.
- Speaker #0
C'était fabuleux, c'est vrai.
- Speaker #1
Tu as vécu vraiment des moments forts.
- Speaker #0
Déjà, aéronautiquement, au début, on faisait 10 avions neufs à peu près dans l'année. Et il y avait une grosse flotte d'avions d'occasion qui passaient d'un contrat de leasing à un autre avec de la maintenance. Et j'ai parcouru le monde à cette époque-là avec un... un mécanicien navigant, on volait tous les deux. Et c'était une découverte extraordinaire.
- Speaker #1
Tu m'avais fait part aussi, en préparant le podcast, d'une émission exceptionnelle où tu as réussi aussi à démontrer les capacités de la Terre dans des îles et que tu as pu contribuer à vendre les avions. Ça,
- Speaker #0
c'était une deuxième phase. Quand on a repris la production, les développements, la Terre 6 en particulier, qui a complètement débloqué, qui a fait sauter le bouchon. Les jets qu'on a connus, qui ont condamné le turboprop, Non. on s'est aperçu que ça coûtait cher et il y a un renouveau du turboprop. Et là, oui, oui, là, il y avait des démos commerciales. Après, ça commençait à se vendre dans des cas classiques. Ça se faisait, mais quand c'était un petit peu compliqué, si tu veux, ils venaient me chercher et c'est là que c'était intéressant. Il y avait des petites pistes, des environnements montagneux.
- Speaker #1
Et donc, c'est fort aussi de toute cette expérience que tu as pu également accompagner les premiers pas de l'aventure AURA AERO.
- Speaker #0
Alors après, ça c'était plus tard. vers la fin d'ATR. C'est une belle histoire d'homme.
- Speaker #1
Oui, tu disais,
- Speaker #0
des jeunes qui se lancent. Avec Hervé Poulin. À propos de jeunes, je voudrais qu'il...
- Speaker #1
Tu avais dit d'ailleurs, des jeunes comme ça, qui se lancent et n'ont peur de rien, c'est rare.
- Speaker #0
Exactement. Hervé me parlait de répliquaires, mais j'avais plein d'autres occupations, je n'avais pas le temps. Mais je recevais ça d'un oeil, je trouvais ça très chouette. Et quand ils se sont lancés chez Aura, j'ai dit, mais dis-donc, ils sont... courageux tes copains, il faudrait que tu les rencontres et tout, je commençais à découvrir Jérémy, Wilfried et Fabien. Et puis, ATR s'est installé à Francazal, et quelques hangars plus loin, c'est là que Bruno a commencé à fabriquer le proto numéro 1. Et donc, j'allais de temps en temps le voir, je sympathisais avec Bruno, je regardais l'avion, je trouvais ça extraordinaire. Bruno Cazes,
- Speaker #1
premier employé d'AURA AERO.
- Speaker #0
Oui, oui. On discutait de temps en temps, et puis il me demandait des trucs, je connais mon avis sur le truc, mais voilà, quoi, comme ça.
- Speaker #1
Et quand tu vois cette jeune génération qui veut construire des avions, qu'est-ce que tu regardes en premier ? La technique, l'audace, la rigueur ou simplement l'état d'esprit ?
- Speaker #0
Ce qui m'a séduit, c'est leur audace. Parce qu'aujourd'hui, se lancer dans la construction d'avions en partant de rien, dans le contexte réglementaire actuel, c'est très courageux. Mais on le voit avec toutes les difficultés.
- Speaker #1
Donc une audace quand tu avais toi-même, étant plus jeune.
- Speaker #0
Oui, je trouve ça génial. Donc, on a commencé à les aider comme ça jusqu'au moment où le pilote qui devait faire le premier vol, en fait, il était au Canada. Il a eu des difficultés pour revenir et ça ne calait pas trop. Et Hervé m'a dit, je crois que si tu ne veux pas qu'on fasse ce premier vol tous les deux, je suis là.
- Speaker #1
C'est des grands moments, ça. C'est extraordinaire, un premier vol pour une jeune société. On change l'échelle.
- Speaker #0
Ce qui intéressait aussi Jérémy, par les contacts qu'on a eu ensemble, c'était monter la structure. Il visait un peu un modèle à terre, comme... taille. Et c'est ça qui m'intéressait. Donc, on parlait pas mal de monter des essais en vol, de ce que j'avais fait chez ATR. Quand je suis arrivé, j'étais donc tout seul. Quand je suis parti, on était 70. Donc, il y a eu tout ce travail de reconstruction qui était fabuleusement intéressant. Et donc, cette aventure, je suis super.
- Speaker #1
Premier vol d'INTEGRAL R, le 19 juin 2020. Ensuite, vol d'INTEGRAL S, l'accompagnement aux essais en vol.
- Speaker #0
C'est venu naturellement. Et puis après, l'ERA, c'est une aventure absolument formidable. En fin de carrière, de pouvoir travailler sur un avion, un avion résolument nouveau, c'est plus que neuf, c'est un avion résolument nouveau. Hybride-électrique. Disruptif. Si tu regardes l'évolution des avions dans les 50 dernières années, il n'y a pas de grosse différence. Si tu fais un biéreacteur, tu regardes un A320, un A330 aujourd'hui, c'est plus gros, ça va plus vite. Les moteurs consomment moins, tu as des systèmes plus performants.
- Speaker #1
Et tu vas décoller très court. Tu vas décoller dans 800 mètres.
- Speaker #0
C'est le même modèle qu'on a simplement amélioré. Mais là, on fait un truc complètement nouveau. On a 8 moteurs, 8 moteurs électriques, 2 sources d'énergie à gérer à bord de l'avion.
- Speaker #1
Donc c'est excitant, ça permet de rester éternel apprenant.
- Speaker #0
Complètement. Et c'est là aussi que, même si elles gênent parfois, c'est mon approche de... de remettre en cause les habitudes. Tu fais un avion, tu as des modèles, tu as des... Ouais, on va faire ça, on va faire ça, les systèmes. Mais non, il n'y a pas besoin, on ne va pas garder des contraintes du moteur thermique alors qu'on a un moteur électrique. Il faut repenser différemment.
- Speaker #1
Et donc, tu participes,
- Speaker #0
tu contribues complètement. Ils l'ont déjà, ils ne m'ont pas attendu, évidemment. J'encourage, quoi, si tu veux tout remettre sur la table, tous les systèmes, les fonctions. avec Laura on va pas faire seulement un avion nouveau on va faire une façon de voler, de transporter les gens qui sera différente c'est vraiment une révolution c'est absolument génial, merci Aura de m'embarquer dans cette aventure,
- Speaker #1
c'est génial et après tout ce parcours, qu'est-ce que tu as le plus envie de transmettre aujourd'hui ?
- Speaker #0
L'envie, tu parlais de l'audace parce que aujourd'hui on a une réglementation une administration aussi qui est très lourde d'être... Dès que tu vas faire un pas en avant, t'as tout de suite un mec qui t'accroche un boulet au pied. « Oh là là, elle n'est pas si vite là, vous allez où ? » « Laissez-moi avancer, je vais vous montrer quand je serai arrivé. » C'est usant et tu t'aperçois que les mentalités s'adaptent. Et on a du mal aujourd'hui, alors c'est général, ça dépend bien sûr des individus, mais les jeunes, ils ont du mal à investir dans des études longues, en se disant « comment ? » faisait à notre époque. Je vais faire ça comme étude, je vais en chier pendant 3 ans, puis après j'aurai un diplôme, je trouverai un boulot, etc. C'est très difficile aujourd'hui. Il faut des choses rapides, avec un retour sur investissement à court terme. Et les jeunes ont moins envie, ils ont moins confiance dans le monde du futur aussi, ça je comprends, avec tout ce qui bouge. Et puis c'est difficile. Donc des gens qui se lancent, il faut les aider. J'en ai d'autres. Il y a Aura, il y a Kepler, il y a Inaero qui se lancent à partir de rien. Et tu ne peux pas rester sur ton fauteuil en disant, je vais regarder, qu'est-ce qu'ils font là ? Alors que les mecs qui toquent à la porte, tu ne veux pas nous aider ? Évidemment, je vais vous aider.
- Speaker #1
Donc Eric, on a parlé de départ, de discipline, de chasse, de doute, de règles. de transmission. Avant de refermer cet épisode en mode avion, on va passer à la checklist de fin, un peu à la mode des pilotes que tu encadres. Dans chaque podcast, on termine toujours par trois questions. Trois questions courtes, et si tu le veux bien, des réponses instinctives. Quelle est ta plus belle rencontre professionnelle ?
- Speaker #0
Alors, on a parlé de cette question, c'est difficile parce que je te dis, le chemin, il est pavé de rencontres. Il y en a un dont on a parlé, c'est Henri Perrier, qui était un homme impressionnant, comme rarement j'ai vu. Clarté, d'idée, d'un charisme incroyable. Tu te sens tout petit quand tu fais un mec comme ça. Qu'est-ce qu'il est grand, lui. Il a fait des très grandes choses et il l'a démontré encore avec l'accident du Concorde, où il était très malade. Il a tenu parce qu'il voulait aller jusqu'au bout pour démontrer et être... blanchi de toutes les accusations qui portaient sur d'éventuelles lacunes qu'il y aurait eu au monde. Et puis, il y en a un deuxième plus connu et une rencontre plus récente, c'est Thomas Pesquet. Thomas, il est brillant, ultra compétent. Mais ce que j'apprécie peut-être le plus en lui, c'est qu'il reste, il arrive à rester simple et profondément humain. Tu le vois à la radio, il ne joue pas un rôle. C'est lui. Et ça, tu le vois dans la vie de tous les jours. C'est un super pote.
- Speaker #1
Et également, ton copilote sur Mérignac, sur la 0G.
- Speaker #0
Oui, je le connais bien. J'ai eu l'honneur de former Thomas à cette mission. Mais c'est marrant parce qu'on avait eu la discussion avec Thomas avant qu'il rentre. Noespace m'a dit, tiens, ce serait bien si Thomas est chez nous. Je lui ai dit, oui, ce serait bien. Je connais quelques autres astronautes qui n'ont pas le même profil. Je dis, tu sais, moi, je te dois un travail de qualité et je continuerai. Donc, s'il y en a un dans l'équipe qui ne fait pas le boulot, je n'en veux pas. Non, non, mais pourquoi tu dis ça ? Je dis ça parce que c'est un monsieur qui va être pris beaucoup à droite et à gauche. Et je ne veux pas d'une danseuse, c'est clair. Et donc, j'ai tenu ce discours-là avec Thomas. Mais ça me fait super plaisir. bien évidemment de vos secteurs, mais j'attends de toi que tu t'investisses. Donc, tu fais le choix. Toi, tu libères du temps, tu le fais, et tu le fais bien, comme le font les autres, parce que tu vas rentrer dans une petite équipe de super mecs, et je n'ai pas besoin d'un champion du monde et d'une rockstar. Non, ne t'inquiète pas. Et c'était le cas. Et quand on faisait les missions de simulateurs, puisqu'il y a passé sa qualif à 310, il était là avant qu'on arrive. Il avait préparé la mission, il avait surligné des trucs, il avait une liste de questions. Et puis quand on a commencé à voler ensemble, c'est que du bonheur de lui apprendre. C'est une éponge ce mec. Puis tu n'as pas besoin de lui expliquer deux fois. Et ce que, encore une fois, c'est sa simplicité et sa reconnaissance. Tu sais, tu croises beaucoup de gens, tu vas les aider et tout ça, puis ils vont vite oublier. Ce n'est pas grave, tu n'as pas fait ça pour la reconnaissance, tant mieux. Mais lui se souvient. Il le rappelle. C'est une grande partie des qualités humaines dont il a fait preuve qui font qu'il a été appelé à faire notre fierté dans la station internationale.
- Speaker #1
Un conseil que tu aurais aimé recevoir à 25 ans ou que tu aimerais donner à un jeune, une jeune de 25 ans aujourd'hui ?
- Speaker #0
Il y en a beaucoup. Mais pour reprendre un petit peu le fil rouge de... de cet entretien-là, c'est que chacun a sa place sur Terre. Et même si il y a une période dans sa vie, quand on est jeune, quand on se forme, quand on découvre le monde, si on se sent un peu différent, parce que tu t'aperçois, tu réfléchis de façon différente, parce que tu as envie que ce soit un peu différent, tout le temps la question, mais pourquoi ils font comme ça, pourquoi ils font ça, et ça pourrait être tellement mieux aussi, enfin bref, ne pas hésiter à être soi, à s'affirmer. pas chercher à recoller le troupeau parce que juste pour ça. Après, si t'as beaucoup de gens qui font d'une bonne façon, faut pas non plus faire de la contradiction systématique, c'est négatif. Mais tu dis, bon, qu'il y a une dynamique perd dans un sens, bon, c'est sûrement de bonne raison, mais moi j'ai envie d'aller par là. Bah, allez-y, allez-y. Et puis si le chemin il est pas bien, bah vous faites demi-tour. Puis voilà, il y a un autre... Un bouquin que j'ai lu de Nicolas Hulot du temps, il faisait pas encore de politique, c'était un mec assez superbe, c'était Les chemins de traverse. Et ça, c'était une petite étincelle aussi. Mais bon sang, c'est bien sûr, j'ai le droit de sortir du chemin. Et c'est un peu ça le conseil. Soyez vous-même, les gars, si vous avez une envie, un rêve, rêvez. Comme Saint-Ex le disait, fais de ta vie un rêve et du rêve une réalité. C'est exactement ça, tous les grands projets commencent par rêver.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu nous suggères de décrypter dans un prochain épisode Maudavion ?
- Speaker #0
Et avec qui ? Parler de Thomas Pesquet, ça fait longtemps que je l'invite à voler, mais ce monsieur est très, très occupé. Mais si on peut prendre quelques instants de son temps pour un petit exercice, pourquoi pas ?
- Speaker #1
Écoute, merci Thomas. L'invitation t'est lancée. Nous serons heureux de te recevoir en mode avion. Comme on a eu le plaisir d'ailleurs d'accueillir aujourd'hui Eric. Merci infiniment Eric pour ton temps. Avant de terminer, je voudrais quand même te poser une toute dernière question, peut-être la plus importante. dans 20 ans, qu'est-ce que tu aimerais que les gens retiennent de toi ?
- Speaker #0
Et il faut se dire, c'est ce que j'essaie de faire, que ça continue et de partir discrètement.
- Speaker #1
Avoir apporté ta contribution, ta pierre à l'édifice.
- Speaker #0
Voilà, et que l'édifice continue sans toi. Je pense que c'est ça la meilleure des réussites, c'est de construire quelque chose qui ne sera pas bancal le jour où tu t'en vas. La transmission et la générosité. si les gens que j'aime, que j'apprécie gardent une belle image de moi ça me fera sûrement plaisir, mais je ne serai plus là pour le savoir dans 20 ans aussi évidemment, ils sont encore là tu piloteras encore l'énergie à consacrer ses lectures aux jeunes de 7 à 77 ans si je peux rester un jeune homme de 77 ans, ce sera déjà bien après je vais me reposer c'est tout ce qu'on te souhaite donc merci Eric,
- Speaker #1
ce parcours nous rappelle une chose simple, voler Ce n'est pas simplement maîtriser une machine, c'est aussi apprendre à se connaître, à faire des choix, à rester aligné. Tu as traversé des mondes très codifiés, sans jamais perdre ta liberté intérieure finalement. Et aujourd'hui, ce que tu transmets, c'est peut-être ça, l'exigence, mais avec du sens. Et l'audace, oui, mais avec de la rigueur. Et surtout, ce qu'on comprend, c'est ton envie de continuer à ouvrir des pistes.
- Speaker #0
Ah oui, mais ça, complètement, c'est une deuxième nature. j'ai découvert parce que tu réagis d'une façon que tu ne comprends pas forcément, tu sais pourquoi. Et j'ai découvert ce qu'on appelle la pensée parallèle. Et ça, je me suis dit, ah, mais tiens, peut-être un truc, tu sais, comme M. Jourdain faisait de la prose, je ne sais pas. Je suis peut-être un peu comme ça. Donc ça, tu trouves une case dans laquelle te mettre.
- Speaker #1
Ah ! Mais c'est tout à fait ça, le maître mot. Très bien. Merci à toi, Eric.
- Speaker #0
Merci, Vincent.
- Speaker #1
Merci à vous d'avoir activé le mode avion avec nous. Si cet épisode vous a appris quelque chose, partagez-le et surtout, vous aussi, dites-nous quel sujet vous souhaiteriez que l'on puisse décrypter dans un prochain épisode de Mode d'Avion. On se retrouve très vite, même heure, même piste, pour un nouvel épisode de Mode d'Avion. Salut !