- Speaker #0
À 16 ans,
- Speaker #1
la vie bascule avec le décès de ton père.
- Speaker #0
Ma maman est en coma. Tous les copains de promotion de mon père se rassemblaient autour de la famille. Et je dis, je serai pilote militaire, parce que là, il y a une vraie famille qui s'est mise en mouvement.
- Speaker #1
Bienvenue dans Mode Avion. Ici, on coupe le bruit, on prend de la hauteur, on va derrière les avions. On décrypte l'aéronautique avec celles et ceux qui la façonnent. On s'intéresse aux trajectoires, aux décisions et aux moments où tout peut basculer. Aujourd'hui, on parle engagement, défense, souveraineté et transmission. Avec nous, le général Mille, général 5 étoiles, ancien chef d'état-major de l'armée de l'air et de l'espace, aujourd'hui directeur de la filiale défense d'AURA AERO. Mon général, on active le mot d'avion ?
- Speaker #0
On active le mot d'avion.
- Speaker #1
Tout d'abord, mon général, merci d'être venu nous voir.
- Speaker #0
Merci à vous.
- Speaker #1
Quel est l'usage quand un civil s'adresse à un général ? Si on peut avoir quelques éléments.
- Speaker #0
Il est d'usage en général de dire mon général et puis d'adopter le vouvoiement. Enfin, on se connaît depuis quelques temps maintenant. Et donc, pour cette entrevue, le tutoiement peut être de rigueur.
- Speaker #1
Très bien, mon général.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
Stéphane, tu as été pilote de chasse. commandant de base aérienne, chef de cabinet, général opération, puis chef d'état-major de l'armée de l'air et de l'espace. Quand on regarde ce parcours, on a presque l'impression d'une trajectoire complète de l'aviation française.
- Speaker #0
Alors, je ne prétendrai pas avoir fait une trajectoire complète, puisque une armée de l'air, c'est des dizaines et des dizaines de métiers, et je n'ai pas pratiqué tous ces métiers. En revanche, je peux dire que j'ai accompagné effectivement l'armée de l'air pendant presque quatre décennies. Ce qui me donne un certain regard sur l'évolution de son histoire.
- Speaker #1
Pour nos auditeurs qui ne le savent pas, le poste de chef d'état-major de l'armée de l'air et de l'espace, c'est le plus haut gradé de l'institution. Quand on occupe ce poste, on reporte à qui exactement ? Est-ce qu'on rapporte directement au ministère des armées ?
- Speaker #0
Oui, alors quand on est chef d'état-major de l'armée de l'air, en fait, on n'est pas le plus haut gradé de l'institution militaire, mais de l'armée de l'air. Le plus haut gradé de l'institution militaire, c'est le chef d'état-major des armées. Et c'est le premier à qui le chef d'état-major de l'armée de l'air rapporte. Néanmoins, pour le fonctionnement de l'armée de l'air, le chef d'état-major de l'armée de l'air a accès direct au ministre pour lui rapporter des faits qui s'y passent.
- Speaker #1
Alors, quand on devient chef d'état-major de l'armée de l'air et de l'espace, on ne pilote plus un avion, on pilote une armée. Qu'est-ce qui change dans la manière de penser, de décider ou même de regarder le monde ?
- Speaker #0
Je pense, alors c'est difficile à imaginer quand on reste sur le plancher des vaches, mais quand on pilote un avion, on prend un peu de hauteur. Quand on devient chef d'état-major, on prend beaucoup de hauteur. Et quelque part, on pilote sur des tendances et sur une vision à long terme et pas sur du détail et des événements à court terme. Un peu ça, la transition, mais qu'encore une fois, une carrière de 40 ans permet d'appréhender. Quand on est jeune, on regarde comment on fait décoller l'avion, comment il faut poser l'avion, etc. Quand on est chef d'état-major, on pense à équiper une armée à l'horizon de 15-20 ans et pas à l'horizon de deux mois.
- Speaker #1
Donc, quelque part, on garde un peu les réflexes de pilote, le checklist, l'anticipation, la gestion du risque ?
- Speaker #0
A bientôt. Je pense que 40 ans de formation dans l'armée de l'air, ça n'est pas trop pour être capable de piloter une armée. Oui, et donc les réflexes, ce que l'on a appris pendant ces 40 ans, est utile pour occuper le poste terminal.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui est le plus vertigineux dans cette fonction ?
- Speaker #0
Le plus vertigineux, c'est probablement d'avoir toute une armée derrière soi et de se dire, il y a 40 000 hommes qui... tous les matins attendent quelque part des orientations, des décisions. Et donc, ça part d'en haut parce que c'est militaire et c'est quand même très vertical. Ça part d'en haut et ça diffuse. Il s'agit de ménager les ordres qui viennent du sommet et aussi la capacité aux échelons intermédiaires de prendre des initiatives. Et donc, c'est ça qu'il faut aménager pour que 40 000 hommes se mettent instantanément en mouvement. quand il y a besoin de faire décoller un avion pour un événement non imaginé. Je pense en particulier... à l'envahissement de l'Ukraine en février 2022.
- Speaker #1
Maintenant, j'aimerais qu'on revienne un petit peu, qu'on fasse un retour en arrière pour comprendre ce qui a motivé ce parcours. Avant d'être général, tu es un enfant qui traîne dans les hangars de l'armée de l'air. Quel est ton tout premier souvenir d'aéronautique ?
- Speaker #0
Alors curieusement, oui, j'ai baigné dans un monde aéronautique. Mon père était officier mécanicien de l'armée de l'air et donc... j'avais hâte de la fin de la semaine parce que le vendredi, j'avais le droit d'aller chercher mon papa à la base aérienne. Et de temps en temps, il me prenait avec lui dans son bureau et dans le hangar où j'allais passer sous les ailes des Mirage 3 à l'époque. Et donc, voilà, ça, c'est le premier souvenir marquant où un pilote vient me proposer de prendre une photo avec son casque. devant le Mirage 3 du hangar de mon papa. Ça, c'est la première image marquante. Sur le fait aéronautique en lui-même, c'est probablement parce que je n'avais pas volé avant de rentrer à l'école de l'air, le premier lâché sur Cap 10 à l'école de l'air. C'est probablement ça, le premier fait aéronautique qui est marquant pour un jeune de mon âge qui rentre dans l'armée de l'air.
- Speaker #1
Tu nous as relaté en préparant le podcast. une photo de cet enfant en pâte d'elfe avec un casque de pilote. Tu te souviens vraiment de cette scène ?
- Speaker #0
Je me souviens, oui, je me souviens surtout de la photo que j'ai regardée pendant des années et de ce pantalon pâte d'elfe à rayures qui est très caractéristique. Oui, je m'en rappelle franchement.
- Speaker #1
Alors, à 15 ans, tu dessines des avions et des plans de maison sur tes carnets. Tu t'imagines pilote de ligne ou architecte ? Et puis à 16 ans, ta vie bascule avec le décès de ton père. Qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là ? Est-ce que tu peux nous en partager ?
- Speaker #0
Alors oui, à 15 ans, je suis plutôt passionné par le sport. Et puis, comme tu l'as dit, je dessine des maisons. Donc, je me vois soit pilote, mais de ligne. Pourquoi pilote de ligne ? Probablement parce que je voyais beaucoup les grandeurs et servitudes du métier militaire et les absences de mon père. Et donc, je me disais finalement, autant partir pour les contrées lointaines et avoir des périodes à la maison. Ça sera plus sympa. Et puis, à 16 ans, effectivement, le décès de mon papa dans un accident de la circulation. Ma maman est dans le coma. Et je vois finalement la famille Armaidler se mettre en mouvement. Tous les copains de promotion de mon père se rassemblaient autour de la famille, organisaient le déménagement de la famille, puisque à l'époque, on habitait dans le nord-est de la France. On avait vocation à rejoindre le sud-est. Et donc, tous nous entourent, organisent le déménagement, nous installent dans le bassin familial à Orange. et nous prennent réellement en charge. Et ce jour-là, quelque part, ça a basculé dans mon esprit et je dis, je serai pilote, comme je l'avais imaginé, mais je serai pilote militaire parce que là, il y a une vraie famille qui s'est mise en mouvement.
- Speaker #1
Donc, c'est l'âme de solidarité, finalement, qui a fini de venir ajuster cette vocation.
- Speaker #0
Exactement. C'est vraiment le fait générateur de cette réorientation ou plutôt que réorientation. de fixer vraiment mon orientation professionnelle. Je ne peux pas dire qu'avant, j'étais réellement parti pour être architecte, etc. Mais ce n'était pas dans les plans. Là, finalement, il y a quelque chose qui se trace. Et à partir de là, mon parcours scolaire, mon parcours sera orienté sur devenir pilote militaire.
- Speaker #1
Alors, qu'est-ce que tu décours de l'armée dans cette période-là, au-delà même des avions ?
- Speaker #0
Dans la période avant l'engagement ou après l'engagement dans l'armée de l'air ?
- Speaker #1
Avant de te projeter dans la décision de pouvoir faire une carrière dans l'armée.
- Speaker #0
Déjà, quand on est… Je rentrais en terminale à l'époque. Donc, il s'agit de franchir les étapes. Donc, qui dit pour moi rentrer dans l'armée de l'air, dit école de l'air. Donc, je sais qu'il faut aller en classe préparatoire. Donc, je pars à Marseille faire ma classe préparatoire. J'intègre l'école de l'air avec les conseils de la base aérienne d'Orange qui nous suivait toujours malgré le fait que ma mère était sortie du commun, etc. On a toujours été très encadrés par la base aérienne d'Orange. Donc, tout ça, ça se fait tellement naturellement que finalement, le 2 septembre 1986, quand je rentre à l'école de l'air, je n'ai pas vu le temps passer et ça s'est déroulé assez naturellement. Voilà, assez naturellement, des conseils de temps en temps, des échanges avec des pilotes de la base, faire du sport avant de rentrer à l'école de l'air, etc. Enfin, voilà, c'est ce genre de choses et je n'ai pas vu le temps passer.
- Speaker #1
Moi, vraiment merci pour ce témoignage très généreux. parce qu'on ne se rend pas forcément compte derrière les murs de la grande muette qu'il y a aussi des histoires humaines qui se jouent, comme celles que tu viens de nous partager. Vraiment, merci pour ce témoignage. Et en fait, on se rend encore mieux compte de la force de l'humain, en fait, au cœur de l'armée, et des interactions, et de ces élans de solidarité qui définissent aussi des vocations.
- Speaker #0
Là, pour le coup, quand on est au poste de chef d'état-major, on s'en rend probablement plus compte que quand on est dans son parcours. de progression normale. On a le temps de jeter un regard, on a le temps de se déplacer sur les bases aériennes, on a le temps de voir des personnages qui sont exceptionnels, avec des vraies valeurs humaines, avec de la solidarité, etc., qui s'investissent au bénéfice des autres aviateurs. Et j'allais dire, au cours des trois ans de mon commandement de l'armée de l'air, c'est plutôt des gens que j'ai essayé de valoriser pour redonner un petit peu cet élan. auquel j'ai pu bénéficier quand je suis rentré dans l'armée de l'air et pouvoir dire ça sert à quelque chose. Et là, vous avez des gens qui sont chevillés au corps à l'armée de l'air, quoi qu'il arrive.
- Speaker #1
Tu as bien vécu dans ton expérience personnelle à quel point finalement l'armée devient une famille bien plus large que le point initial.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Alors, tu en as parlé, tu entres à l'école de l'air en 86. Tu voles sur pas mal d'avions différents, Cap 10. Fouga Magistère, Alpha Jet. Quand tu arrives enfin en escadron de chasse à Reims, sur Mirage F1, tu te dis, j'ai encore tout à apprendre ?
- Speaker #0
Ah oui, de toute manière, quand on arrive en escadron de chasse, c'est l'état d'esprit qu'il faut avoir. On a encore tout à apprendre. Certes, on a passé plusieurs étapes importantes, que ce soit à Salon de Provence, à l'époque c'était à Tours ou à Cazaux. Eh bien, on a appris beaucoup de choses. On a d'ailleurs eu dans sa promotion, on a vu des camarades en échec quitter la progression. Néanmoins, quand on arrive en escadron de chasse, on ne sait rien faire. Tout est à apprendre sur le premier Mirage ou à l'époque le Jaguar ou aujourd'hui le Rafale. On a tout à découvrir et à savoir comment utiliser un avion d'armes. dans des conditions extrêmes.
- Speaker #1
Justement, quand on est aux commandes de ces magnifiques avions, comment est-ce qu'on fait pour rester humble quand on est pilote de chasse ?
- Speaker #0
Il faut rester soi-même. Je pense que c'est d'ailleurs ce qu'il faut faire tout au long de sa carrière. Rester soi-même, travailler, progresser, s'ouvrir, être curieux. Je pense que c'est... Voilà, il n'y a pas besoin d'avoir... un bagage intellectuel, etc. Mais être curieux, être travailleur, être sportif, et tout ça, quelque part, ça encourage l'effet de groupe, ce que l'on appelle l'effet de corps. Et ça crée un groupe qui est capable de décrocher la lune.
- Speaker #1
Tu as parlé de sport. C'est très intéressant, ce parallèle. C'est assez contre-intuitif, mais... Le foot a fait partie de ta vie et à 14 ans, tu faisais partie des grands espoirs du foot. C'est quelque chose qui t'a ce goût pour l'excellence, puis le sport aussi pratiqué à haut niveau. C'est quelque chose qui a été important dans ta carrière de pilote ?
- Speaker #0
Oui, ça a été important. Oui, j'ai adoré le foot. J'ai même, à un moment donné, eu... une proposition d'orientation de carrière que mon père a déclinée pour moi, je vous rassure. Et a posteriori, il a probablement eu raison, mais pour partir dans une carrière semi-professionnelle. Donc oui, le sport est important. Et oui, il a été important même après, parce que dans les phases que tu as évoquées, salon, tour, caso, et même par exemple l'arrivée en escadron de combat. Le fait que je joue bien au foot m'a toujours... servi, on va dire. Il ne m'a pas permis de mieux voler, encore que, quand on est sportif, en général, on a un peu plus d'aisance en vol, mais surtout, c'est l'époque où les combats entre escadrons se passent H24 en vol, se passent aussi au sol, et le combat numéro un, à l'époque, c'est le match de foot du jeudi matin, où les escadrons se rencontrent les uns contre les autres. Et donc, le fait de bien jouer au foot quand on est jeune pilote, quelque part, ça vous donne des droits. Le droit d'être libre pendant le match de foot de l'escadron. Vous avez le droit d'aller jouer au foot pendant que les autres sont en train de travailler, sont en train de préparer la mission, etc. Moi, j'avais droit et j'avais même le devoir d'être en crampon pour aller donner la balle au commande escadrille, donner la balle au commande escadron. pour qu'ils se mettent en valeur sur le match contre les escadrons d'à côté.
- Speaker #1
Très bien. Et tu nous faisais part aussi d'une vie de groupe avec un escadron assez chahuteur. Le jeudi matin, la tradition du foot du jeudi matin. Et ici, tu sais qu'on est en Occitanie. On est sur un autre terroir du sport collectif. C'est évidemment des valeurs qui sont chères au cœur des personnes. Ici, on parle de rugby, évidemment. Et tu m'avais fait part d'une relation très particulière entre l'armée de l'air et le rugby. Grâce à un certain As, dont j'aimerais que tu nous parles.
- Speaker #0
Eh oui. En fait, il se trouve qu'un des premiers capitaines de l'équipe de France de rugby, c'est un As de l'aviation. C'est un As de l'aviation. J'ai le nom sur le bout de la langue.
- Speaker #1
Bouillé.
- Speaker #0
Boyau. Maurice Boyau. Boyau. Maurice Boyau. Donc, Maurice Boyau, c'est un des as de l'aviation. Et donc, il y a ce lien historique qui a été créé entre l'armée de l'air, alors, l'aéronautique militaire à l'époque, puisque ça remonte à une époque où il n'y avait pas encore d'armée de l'air, puis l'armée de l'air. Et il se trouve que quand les sections sportives pendant le service militaire ont été créées, et notamment le bataillon de Joinville, la section rugby a été confiée à l'armée de l'air. Quasiment toutes les autres sections étaient dans les autres armées, mais la section rugby était dans l'armée de l'air. Ce qui fait que toutes les vieilles gloires du rugby, les Rives, les Blancos, etc., ont tous porté le calot d'aviateurs pendant leur service militaire au sein de l'armée de l'air.
- Speaker #1
une des raisons pour lesquelles on t'a vu à plusieurs reprises lors de la nuit du rugby remettre le trophée du jeune espoir.
- Speaker #0
Exactement. Pendant deux ans d'affilée, j'ai remis les trophées du jeune espoir et j'ai en particulier en tête la remise du trophée à Bielbiaré qui aujourd'hui fait le bonheur de l'équipe de France. Et donc, le meilleur espoir était à la charge de l'armée de l'air.
- Speaker #1
Merci pour le partage de cette anecdote. Ce n'est pas évident quand on n'a pas les explications de texte. Quelque part, est-ce que tu dirais que le sport collectif, et notamment le foot, ça a été un accélérateur dans ta carrière ? Et ensuite, sur une autre terre de foot, j'ai compris que tu avais passé du temps à Reims, le grand stade de Reims, terre des exploits de Raymond Coppa, de Jus Fontaine, de Michel Hidalgo. Au sein de cette unité opérationnelle, tu retrouves finalement un terreau... propice à ce que tu puisses t'épanouir tant sur le côté sportif et militaire avec les premiers éléments du départ de carrière de chef des armées qui va se consolider au fur et à mesure des étapes ?
- Speaker #0
Alors oui, il y a un lien direct. Être à l'aise en sport collectif, c'est quelque part être à l'aise dans une unité opérationnelle. C'est arriver à échanger. arriver à avoir ses propres émotions, à les canaliser, à éclater de temps en temps parce qu'on était énervé d'avoir raté un but, etc. Quand on est dans un escadron, on rentre mécontent parce qu'on n'a pas réussi son objectif. Je vous rassure, ça n'arrive jamais à un chef.
- Speaker #1
Jamais.
- Speaker #0
Donc, quelque part, être un sportif accompli, c'est pour moi quelque chose que l'on retrouve. dans une unité de combat.
- Speaker #1
Il y a aussi des rites autour de la vie du collectif. Tu nous as fait part aussi de certains... Accueil un peu musclé, où tu étais retrouvé dans des postures...
- Speaker #0
À l'époque, oui. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus light. C'est beaucoup plus light. À l'époque, oui, il y avait des arrivées un petit peu éprouvantes dans les unités.
- Speaker #1
Tu nous as fait part d'une anecdote où tu t'es quand même retrouvé menotté à une table de navigation avec un bol de cacahuètes.
- Speaker #0
Absolument, pour passer la nuit. C'était la première soirée en escadron. Je vous rassure, tout ça... et souvent bienveillant parce que la réalité, c'est que le dernier pilote avant moi était chargé de venir me libérer quelques minutes après le départ de l'escadron. Donc, tout va bien.
- Speaker #1
Après être passé également par la base d'Orange, qui était la base de ton père, en 1996, tu quittes l'escadron pour encadrer une promotion de l'école de l'air. 25 jeunes qui, au quotidien, Voilà sont à encadrer, à suivre, à accompagner. Est-ce que c'est là, vraiment, que tu as le sentiment de passer de pilote à chef ?
- Speaker #0
En tout cas, c'est là que je prends réellement conscience de l'importance de la transmission. Alors, on transmet, quand on est dans une unité de combat, on transmet, on apprend à des jeunes pilotes ce qu'il faut faire dans une mission, etc. Là, il s'agit... de transmettre un certain nombre de valeurs, de transmettre un certain nombre d'attitudes, de comportements à des jeunes dont certains ne connaissent pas du tout le monde militaire. Pas du tout. Et là, je prends vraiment conscience de ce besoin de transmettre. Et c'est assez marrant de voir comment ces jeunes-là, au bout d'un an, quelque part, ils s'assimilent à leur cadre de contact. Je donne souvent cet exemple-là. Vous avez en général quatre brigades à l'école de l'air à l'époque. Quatre brigades, quatre brigadiers, quatre parcours différents. Vous retrouverez des perspectives de carrière que se fixent les jeunes qui sont liées au parcours de leur cadre de contact, de leur brigade. Donc,
- Speaker #1
c'est important.
- Speaker #0
Et donc, en fait, ils vous regardent, ils vous digèrent, ils se font leur idée de ce qu'ils veulent faire. Mais voilà, si vous ne les mettez pas sur le bon chemin, ils sont partis pour 40 ans à côté de la route.
- Speaker #1
Et donc, à ce moment-là, il y a une façon aussi de venir affiner ton mode de management, ton mode d'encadrement. Ça varie entre le côté assez proche, de la proximité avec les équipes, un côté aussi strict, parce que l'armée, c'est aussi assez structuré. En préparant l'émission, tu nous as fait part d'une anecdote où ils voulaient tellement... passer aussi du temps ensemble en trombe et de pouvoir développer aussi ce lien social qu'ils avaient tout fait pour te trouver quelqu'un pour te remplacer par un tour de garde pour qu'ils puissent sortir avec toi, aller boire quelques coups en ville, jusqu'à même te trouver des vêtements pour pouvoir faire en sorte que ça se passe bien.
- Speaker #0
On a l'impression que c'est finalement l'alpha et l'oméga de l'école de l'air. Ce n'est pas tout à fait ça. Sur le côté street, j'avoue que j'ai été Merci. Un cadre très strict, mais je me suis rendu compte en fait que les élèves ne m'ont tenu par rigueur dès lors que je savais quelque part où étaient les limites. Et je savais quand il fallait le faire, poser le calot, enlever les galons, faire la fête avec eux. Et donc, ils m'ont tenu par rigueur. Ça, je l'ai réellement constaté. Et à tel point qu'effectivement... on avait une vie extra-professionnelle avec ces jeunes qui aimaient organiser ce genre de rite initiatique qui existe à l'école de l'air. Ça s'appelle le mur. Le soir, on part sans rien dire à personne et on part. Sauf que je leur avais dit, moi, ça fait partie du jeu, mais vous ne faites pas le mur sans moi. Et donc, ils m'ont dit non. Ils ont obéi et donc systématiquement, quand ils voulaient faire le mur, il fallait qu'ils viennent me chercher. Et donc, ils ont poussé le vice jusqu'à venir me chercher alors que j'étais de service. Et quand je leur ai répondu, vous êtes bien gentil, mais moi, je suis de service et donc je suis en tenue militaire et je ne vais quand même pas sortir en tenue militaire. Eh bien, la réponse a été toute simple. Il y avait dans le couloir devant la salle de service un portique avec une sélection de vêtements à ma taille. pour que je puisse me changer. Et quand je leur ai dit, oui, mais bon, très bien la tenue, mais il y a quelqu'un qui doit être de service. Et de l'autre côté, dans le même couloir, ils avaient... demandait à un autre capitaine de se préparer à venir me remplacer. Et donc, je n'avais plus d'argument. J'ai été obligé de partir avec eux.
- Speaker #1
Et donc, en préparant l'émission, tu nous as raconté aussi deux situations très fortes que tu as dû gérer en tant que pilote. Une première qui a été une panne électrique totale sur ton avion au-dessus du désert. Et la seconde, un arrêt moteur en epsilon. lors de ton deuxième vol sur avion. Dans ces moments-là, on a le temps de penser ou bien est-ce qu'on applique juste les procédures ?
- Speaker #0
J'ai eu peur parce qu'on passe effectivement de l'aspect cohésion, etc. et des événements. Là, on parle des faits professionnels. Les faits professionnels, quand on vole dans un avion, il y a effectivement une part de risque. Et au cours de ma carrière, j'ai eu ces deux événements qui sont des événements qui font monter un peu le palpitant en vol. Mais on a des procédures, on applique les procédures et on s'en sort. En tout cas, pour la panne électrique au milieu du Tchad, ça, c'est la procédure qui m'a permis de rentrer et de me poser en toute sécurité avec un certain nombre de systèmes en panne, évidemment, mais ça m'a permis de me poser. Pour la panne moteur sur Epsilon, comme tu l'as dit, c'était mon deuxième vol de transformation. Je ne peux pas dire que j'emmenais large quand j'ai vu l'hélice s'arrêter devant moi.
- Speaker #1
Un moment de solitude.
- Speaker #0
Alors, en fait, j'avais un instructeur avec moi puisque c'était le deuxième vol. Et donc, c'est plus l'instructeur qui a été à la manœuvre. Ce qui est sûr, c'est que l'huile s'est répandue sur le pare-brise, une huile noire qui m'empêchait de voir devant. Et donc, là encore, on s'est posé en regardant sur le côté. et en suivant notre leader qui lui nous donnait l'axe de la piste pour se poser. Donc le petit clin d'œil, c'était assez marrant. J'avais un camarade de promotion qui était leader de la Patrouille de France à ce moment-là. Et donc on était à Saint-Laurent-de-Provence. La Patrouille de France était au point de manœuvre, prête à s'aligner. Et quand ils m'ont vu arriver avec un panache d'huile cramée qui était derrière l'avion, Il a attendu que je me pose et il m'a dit tu veux nous faire de la concurrence sur la radio. Donc c'était un petit clin d'œil sympathique.
- Speaker #1
Et donc en fait finalement on apprend en tant que pilote dans toutes ces formations à préparer le cerveau à ne pas paniquer en fait dans ces moments-là.
- Speaker #0
Oui, je pense que la panique dans ces moments-là n'est absolument pas une bonne conseillère. Donc oui, il vaut mieux rester assez serein et assez confiant dans les procédures. Et puis on applique les procédures.
- Speaker #1
Et cette logique de checklist, elle t'a accompagné ensuite dans les décisions de commandement où il faut savoir garder la tête froide ?
- Speaker #0
Oui, mais là encore, je pense qu'on est bien formé quand on prend les responsabilités de chef d'état-major. C'est en tout cas ce que je disais régulièrement aux jeunes officiers généraux quand ils prenaient leurs étoiles, je leur disais faites-vous confiance. Vous avez démontré que vous étiez apte à passer général. Le commandement de l'armée de l'air... le SEMA, la ministre ou le ministre a décidé de vous faire confiance en vous inscrivant sur la liste d'aptitudes. Donc, vous avez tout ce qu'il faut pour prendre les décisions. Et j'allais dire, laissez-vous aller à votre première impression. La première impression, et ça, je l'ai vérifiée et revérifiée, notamment en opération, la première impression est souvent la bonne. Même si on ne sait pas l'expliquer au moment où... où elle vient à l'esprit, c'est souvent la bonne. Donc il faut l'expliquer. Et tout ça, c'est le fruit de la formation continue pendant plus de 30 ans.
- Speaker #1
Et quelque part, c'est ce que les gens ne voient jamais quand on est de crise. Donc c'est en tant que chef du cabinet SEMA, tu te retrouves au cœur de la machine plus tard, et tu te dis, c'est là qu'on gère surtout les coups durs.
- Speaker #0
Oui, c'est le rôle du cabinet, quelque part, de traiter tout ce qui remonte vers le haut de la pyramide et qu'on n'a pas réussi à traiter dans la structure. Donc, tout ce qui est difficile, tout ce qui n'est pas évident, tout ce qui doit être porté à l'arbitrage du chef, nous, on essaye d'en retraiter une partie au niveau du cabinet, pour éviter de submerger le chef. de décisions à prendre sur tous les sujets. Mais c'est vrai qu'on voit beaucoup d'éléments qui remontent. mais c'est normal dans une communauté de 40 000 personnes.
- Speaker #1
Notamment quand tu dois te retrouver à gérer, pour les 80 ans de l'armée, le retour des sénateurs ramenés sur Paris avec des VIP dans un avion en panne.
- Speaker #0
Alors ça c'est effectivement ma première sortie de chef de cabinet quand j'ai été nommé auprès du général Mercier. 80 ans de l'armée de l'air, un grand meeting aérien à Cazaux. Et comme ça arrive de temps en temps, l'avion VIP qui devait ramener les VIP en fin de journée vers Paris tombe en panne. Et on n'a pas d'avion spare pour les ramener. Donc là, début de la panique. Comment on s'organise ? Comment on peut faire remonter ? On a un avion qui finalement arrive, mais il n'a pas autant de temps. de place que celui qui a descendu les VIP. Donc, comment on trie parmi les VIP qui sont tous plus importants les uns que les autres, etc. Et là, le chef de cabinet, il est tout seul. Il a simplement un haut-parleur et puis il explique, toi tu vas à droite, toi tu vas à gauche, monsieur le sénateur, vous attendez, madame la députée, vous passerez dans l'avion d'après, etc. Donc, oui, c'est la première. Après,
- Speaker #1
il y a eu des situations beaucoup plus graves. Le crash de l'Albacete.
- Speaker #0
Exactement. Là aussi, j'étais chef de cabinet quand on a eu le crash d'Albacete avec beaucoup de victimes françaises sur le parking. Bon, ben voilà. Donc, il y a des choses beaucoup plus graves que le retour des avions et le remplissage des avions.
- Speaker #1
Comment un chef traverse ce type de crise humaine ?
- Speaker #0
Là aussi, le parcours de carrière fait que... On a eu malheureusement dans nos parcours des camarades qui sont morts en vol, on a eu des camarades qui sont morts d'accidents de la circulation, etc. Donc quelque part, on s'assagit, on va dire, on prend un peu de recul sur ces événements, et puis on essaye, encore une fois, avec mon parcours personnel, d'accompagner du mieux que l'on peut les gens qui restent, parce que finalement... malheureusement, c'est ceux qui restent qui vont souffrir pendant des années. Et donc, il faut leur apporter tout le soutien que l'on peut dans la durée. J'ai trop vu des marques d'attention le jour où il se passe quelque chose, une catastrophe, et puis ensuite plus rien.
- Speaker #1
Tu parles de ton expérience personnelle. Tu as quand même vécu le Kosovo, la Bosnie, Barkhane, la planification d'opérations en Afrique, dans le Golfe, en Syrie, et encore aussi des secours que tu as apportés après l'ouragan. Irma, à Saint-Barth, comment, quand on a traversé autant de théâtres d'opération, comment est-ce qu'on apprend à lire le monde, finalement ?
- Speaker #0
Si j'avais une règle et une solution, je serais probablement très riche. Non, je pense qu'en fait, il faut le regarder dans toute sa complexité. Il faut essayer de trouver les signaux faibles. parce qu'il y a toujours des signaux faibles. Si on refait l'histoire, on se rend compte qu'il y avait des choses qu'on aurait pu détecter. Et en fait, notre problème aujourd'hui, c'est d'évacuer ces signaux faibles parce qu'on a une lecture qui est, je ne vais pas dire figée, mais un petit peu fixée sur des grands équilibres, alors que c'est un monde vivant et que c'est ces signaux faibles qu'il faut pouvoir détecter.
- Speaker #1
On a parlé un peu tout à l'heure, quand la guerre en Ukraine éclate, Qu'est-ce que ça change dans la tête d'un chef militaire français ?
- Speaker #0
Alors, ça ne change pas parce que c'est ma culture, pour le coup, professionnelle. Moi, je suis pilote de défense aérienne et donc j'ai l'habitude, depuis ma plus tendre enfance, on parlait de Reims, donc de mes premières années à Reims, ma première mission opérationnelle, c'est d'être en alerte en bout de piste, prêt à décoller en moins de 7 minutes, parfois en moins de 2 minutes. Donc ça, c'est ma culture professionnelle depuis... la fin des années 80, on va dire. Quand on est chef, il s'agit de transférer cette culture personnelle en une culture d'armée. Et donc, devoir, d'essayer d'identifier tout ce qui est un frein à cette alerte, la mise en alerte et cette capacité de décollage en un minimum de temps quand la situation vient à se dégrader. Parce qu'on sait très bien que si on agit vite, on a une chance. d'apaiser la situation. Si on laisse le feu se développer, ça sera beaucoup plus compliqué de l'éteindre. Donc il faut aller très vite, il faut réagir très vite et il faut donc que les armées... et particulièrement l'armée de l'air et de l'espace, soient capables de réagir très vite.
- Speaker #1
Et en tant que pilote, ou en tant que chef d'état-major des armées de l'air et de l'espace, est-ce qu'il y a un moment où tu as vraiment eu peur ?
- Speaker #0
Non, la peur ne fait pas partie du vocabulaire. J'ai vu des situations sérieuses. Je n'ai pas eu de peur particulière dans les prises de décisions, etc. Non, je n'ai pas eu de peur.
- Speaker #1
Parce qu'il faut gérer ces situations et que tout est organisé. que chacun joue sa partition.
- Speaker #0
Puis là encore, le parcours fait que, oui, j'ai pris chef d'état-major en 2021, mais auparavant, je venais de passer cinq années non-stop en opération interarmée. Donc là, je peux vous dire que c'est une bonne école de la réalité, dont un an à Barkhane, où c'est tous les jours que vous aviez des gens qui étaient sur le terrain, qui étaient accrochés par un certain... nombre de terroristes qui venaient qui venaient les harceler qui faisait exploser des ied sur les routes ou etc donc vous avez appris quelque part à recevoir des appels pour dire au secours au secours au secours faire travailler l'état major pour trouver des solutions pour leur venir en aide pour etc pour planifier des démissions qui vont permettre de pacifier une zone ou etc et donc Donc, Oui, c'est le quotidien des opérations quand on est chef d'état-major. Je ne veux pas dire qu'on est en opération permanente, mais en tout cas on est capable de réagir comme en opération.
- Speaker #1
Et la vie de famille dans tout ça ? J'ai entendu dire que tu parlais de Barkhane, ton épouse elle te voyait presque plus quand tu étais en opération à Barkhane que quand tu as été en poste à Paris.
- Speaker #0
Alors, le rythme de Barkhane c'était globalement un an sans famille et trois retours dans l'année. trois retours d'environ une semaine. Et effectivement, quand je suis rentré de Barkhane, j'ai été affecté au centre de planification et de conduite des opérations qui est globalement l'outil interarmé du SEMA pour conduire les opérations au niveau stratégique. Et ma femme me disait effectivement qu'elle me voyait plus quand j'étais à Barkhane que depuis que j'étais arrivé au CPCO. Donc là, je cite ces mots, je n'ai pas calculé.
- Speaker #1
On va aborder la vie après l'armée. C'est récent. Et après avoir été chef d'état-major de l'armée de l'air et de l'espace, tu as fait le choix de rejoindre une société dynamique du nom de AURA AERO. Qu'est-ce que tu viens chercher dans un projet porté par AURA AERO ?
- Speaker #0
J'ai été appelé un jour par un ancien général de l'armée de l'air et de l'espace, qui était déjà chez AURA AERO, et je ne sais pas si je peux le citer.
- Speaker #1
Bien sûr qu'on peut le citer.
- Speaker #0
Le général Clermont, qui me dit, tiens, est-ce que ça t'intéresserait d'accompagner AURA AERO pour un salon, notamment aux Émirats Arabes Unis ? Il connaissait ma proximité avec les Émirats Arabes Unis. dans le cadre de mes fonctions de chef d'état-major. Et donc, il me dit, ça serait peut-être bien que tu ailles avec eux. Donc, ça a commencé comme ça. Et c'est comme ça, quelque part, que j'ai réellement découvert AURA AERO. En fait, je les avais déjà découverts un peu plus tôt, en allant d'un salon du Bourget en 2023, voire pour remplacer les Xingu, qui équipent l'école de formation des pilotes de transport de l'armée de l'air. Et j'étais allé voir leurs produits.
- Speaker #1
Sur la base des embrayeurs.
- Speaker #0
Donc, pourquoi ? Parce que dans ma vision stratégique, sur le sujet de la décarbonation, qui était un sujet très à la mode en 2021, un petit peu moins depuis que les événements en Ukraine et dans le Golfe se sont déclarés, mais en termes de décarbonation, j'avais dit, on ne pourra rien faire sur le haut du spectre. Le rafale électrique, ce n'est pas pour demain. La 400M électrique, ce n'est pas pour demain. Donc, il faut qu'on soit exemplaire, nous, armés de l'air, sur le fonctionnement des bases aériennes et sur l'aviation bas du spectre.
- Speaker #1
Et la formation.
- Speaker #0
Voilà. Et donc, il y a la formation, notamment, initiale. Donc, j'avais dit, essayons de voir ce qu'il est possible de faire. Et c'est comme ça que j'avais pris contact avec ORA Aéro à l'époque. Je referme la parenthèse. Donc quand le général, clairement, m'appelle pour me demander ça, j'ai dit pourquoi pas, mais je voudrais bien d'abord aller passer une journée à Toulouse pour voir un petit peu ce qu'ils font. Et j'avoue que très rapidement, l'énergie dégagée par toute l'équipe de direction d'AURA AERO, les projets, l'ambiance générale. m'a particulièrement séduite. Et donc, les choses se sont faites petit à petit. Mais aujourd'hui, je suis pleinement impliqué, effectivement, dans les affaires d'AURA AERO.
- Speaker #1
C'est une forme d'engagement également, un nouvel engagement pour peut-être développer aussi et mettre en œuvre des choses que tu aurais peut-être souhaité mettre en place en tant que SEMA et que tu peux contribuer à mettre en œuvre maintenant.
- Speaker #0
On voit bien le lien qu'il y a entre la vision stratégique que j'avais et les produits qui sont développés par AURA AERO. Je vois surtout, moi, aujourd'hui, tout ce qui est développement d'une entreprise nationale qui veut faire des produits souverains. Et donc, quelque part, je vais dire sans exagérer, j'ai parfois l'impression que... Ce que j'entreprends aujourd'hui chez AURA AERO, c'est la suite logique de ce que je faisais dans l'armée de l'air et de l'espace.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que l'industrie doit comprendre du monde qui se profile à l'horizon ?
- Speaker #0
Que le monde évolue à vitesse grand V. Avant, on était en mesure de construire et puis on avait une phase de répit où on savait que ce qu'on avait produit serait opérationnel pendant 10, 20, 30 ans. Aujourd'hui, ça évolue à vitesse grand V. Donc, il faut l'agilité des petites entreprises, mais la capacité de production des grandes entreprises. Et c'est ce que AURA AERO cherche à construire aujourd'hui.
- Speaker #1
Donc, l'innovation industrielle devient quasi aussi stratégique que les opérations militaires ?
- Speaker #0
Je pense qu'aujourd'hui, et on le voit, l'évolution des produits qui sont utilisés en Ukraine illustre cette capacité à innover. Aujourd'hui, les cycles d'innovation en Ukraine, c'est de l'ordre de quelques mois. Là où avant, c'était plusieurs années. Donc, cycle d'innovation, ça veut dire que le produit, au bout de trois mois, il est obsolète. Donc, il faut être capable d'innover et il faut être capable de produire.
- Speaker #1
Donc, en tant que directeur des activités de défense au sein d'AURA AERO, si tu devais résumer en une phrase la vision de défense d'AURA AERO pour quelqu'un qui ne connaissait pas l'entreprise il y a 15 minutes ?
- Speaker #0
répondre aux besoins des forces le plus rapidement possible. Aujourd'hui, le timing, je le disais tout à l'heure, intervenir rapidement, c'est une chance d'arrêter le développement d'un conflit. Être capable de répondre aux forces sur un besoin particulier, c'est ne pas laisser une situation dégénérer et leur donner les moyens de la régler le plus rapidement possible. Donc, c'est vraiment l'ambition de donner le plus rapidement possible les moyens dont les forces ont besoin.
- Speaker #1
Dans chaque podcast, on termine toujours par la checklist avec trois questions courtes et des réponses à l'instinct. La première question, quelle est ta plus belle rencontre professionnelle ?
- Speaker #0
La checklist, vous savez, chez nous, elle est là. Elle est dans la poche, sur le devant. D'habitude, on la sort. On n'a pas le droit de réagir dans l'urgence sans sortir la checklist. Non, plus sérieusement, la plus belle rencontre professionnelle, Euh... Il n'y en a pas une. J'en ai un peu parlé. C'est les hommes et les femmes de l'armée de l'air. C'est d'aller voir cette capacité de mise en mouvement qu'il y a dans une institution de 40 000 personnes qui est en foi en ce qu'ils font. Voilà. C'est 6 heures après l'invasion de la Russie, être capable de faire décoller les rafales de Mont-de-Marsan pour montrer que l'OTAN est réactive. C'est les Français, les Américains parce qu'ils avaient énormément de moyens en alerte en permanence, et les Français qui ont été les premiers à être sur la frontière Est de l'OTAN. Et tout ça, c'est pourquoi ? Parce que chacun se sent investi de sa part de la mission. Parce que ce n'est pas le pilote tout seul qui fait voler l'avion, ce n'est pas le mécanicien tout seul qui fait voler l'avion. Il faut le contrôleur, il faut le mess pour faire manger les gens. Il faut la protection pour protéger la base. Donc, tout le monde doit être prêt et doit être réactif. Là, on vient en parler d'innovation, mais réactivité. Et donc, cette réactivité, c'est parce que les gens croient en leur mission. Donc, c'est la rencontre avec les aviateurs qui est le plus marquant.
- Speaker #1
Et quel est le conseil que tu aurais aimé recevoir à 25 ans et que tu aimerais donner à un ou une jeune de 25 ans aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors, si j'aurais aimé recevoir un conseil, c'est que quelque part, j'estimerais que je n'ai pas atteint. ce que je voulais faire. Or, je ne peux pas le dire aujourd'hui, je suis satisfait de ma carrière et donc il ne m'a pas manqué de conseils en particulier. Je crois que le conseil le plus important à un jeune de 20-25 ans, c'est de croire en lui, c'est de croire en lui. À partir du moment où il croit en lui, il sera capable de déplacer des montagnes, il sera capable de, voilà, et de travailler. Croire en lui et travailler et ça, quelque part, ça doit suffire. pour passer la plupart des épreuves qui se présenteront à lui. Et après, je vais être honnête, il y a toujours un aspect chance dans un parcours professionnel. Il faut être au bon endroit au bon moment. Et donc, ça n'est pas...
- Speaker #1
Et savoir le saisir.
- Speaker #0
Oui, et après, savoir le saisir. Mais il y a des gens qui ne sont pas au bon endroit au bon moment quand il y a besoin de saisir une opportunité. C'est comme ça, c'est la vie. Il ne faut pas s'en faire une maladie. Quand on n'est pas chef d'état-major, il y a de belles carrières dans l'armée de l'air. Donc voilà, il y en a pour tout le monde.
- Speaker #1
Et troisième question, quel sujet tu nous suggères de décrypter dans un prochain podcast Monde Avion et avec qui ?
- Speaker #0
Alors là, c'est vraiment une question piège. Il y a tellement de gens que je pourrais vous recommander d'accueillir ici. Alors, je dirais tout à la fois... quelqu'un qui a un parcours atypique. J'aime bien les parcours atypiques. Et puis surtout parce qu'il a été directeur des ressources humaines de l'armée de l'air. Et comme je l'ai dit, la ressource humaine, c'est quand même la richesse de l'armée de l'air. Donc, il la connaît parfaitement. Il connaît tous les métiers de l'armée de l'air, les formations, etc. Et donc, ça peut être quelqu'un intéressant à interviewer. Et puis, comme je vous l'ai dit, un parcours très particulier parce que venu d'Espagne, ne parlons pas français, à l'âge de 5 ans, installé dans le sud de la France et puis qui va progressivement saisir l'escalier social de l'armée de l'air et de l'espace pour finir général 5 étoiles en étant mécanicien, ce qui était une grande première. Donc, moi, je vous recommanderais de recevoir le général Alvarez.
- Speaker #1
Bien, invitation élancée au général. Alvarez, j'aime beaucoup l'image que tu viens de prendre de l'escalier social. On parle souvent d'ascenseur social.
- Speaker #0
Alors lui-même le dit, je ne suis pas le premier à le dire, je l'ai même lu récemment dans la presse. La notion d'ascenseur social, c'est je m'installe dans une boîte et je me laisse monter, alors que la notion d'escalier social, c'est je fais les efforts pour monter les marches une à une. C'est un petit peu ça. Le parcours de Manuel Alvarez est assez fidèle à cette notion d'escalier social.
- Speaker #1
Il y a une dernière question que j'aimerais te poser.
- Speaker #0
Tu avais dit trois.
- Speaker #1
Oui, mais celle-là, c'est la question bonus. Dans 20 ans, qu'aimerais-tu qu'on retienne de toi ?
- Speaker #0
J'aimerais qu'on retienne que malgré toutes les responsabilités que j'ai occupées, Je suis resté quelqu'un d'assez naturel, d'assez ouvert, d'assez, je disais souvent, bienveillant, exigeant mais bienveillant. Et je le disais souvent, je l'ai dit dans mon discours de prise de fonction de chef d'état-major de l'armée de l'air, je serai exigeant et bienveillant, et non pas bienveillant et exigeant.
- Speaker #1
Exigence d'abord.
- Speaker #0
D'abord l'exigence, et une fois que les gens ont tout donné. pour réussir, pour... Voilà. Ils échouent, je serai bienveillant. Mais ils ont tout donné pour faire ce qu'on leur a demandé. Voilà. Et donc, moi, ce que j'aimerais, c'est effectivement qu'on me reconnaisse l'idée que je suis resté moi-même pendant tout mon parcours jusqu'au poste de chef d'état-major de l'armée de l'air où je me suis efforcé de toujours laisser ma porte ouverte et jamais fermer ma porte à personne. Les gens le savaient dans mon cabinet, à l'état-major, ils venaient à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, presque. Ils savaient qu'ils seraient reçus et que je poserais le stylo pour les écouter. Voilà, c'est ce genre de choses que j'aimerais bien qu'on retienne de moi.
- Speaker #1
Merci Stéphane. Ce qu'on retient aujourd'hui, c'est que la défense n'est pas qu'un sujet militaire, c'est un sujet industriel, de souveraineté et surtout d'avenir. Merci d'avoir activé le mode avion. avec nous. Si cet épisode vous a plu, partagez-le, abonnez-vous et dites-nous ce que vous souhaiteriez que l'on puisse décrypter dans de futurs épisodes de ce podcast Mode Avion. A très vite, même heure. Même piste pour un nouvel épisode de Mode Avion. Au revoir. Merci. Merci.